
Les rues piétonnes rayonnent de leurs vitrines souriantes. Les badauds égarent leurs yeux sur les devantures aguicheuses et désireuses de conquérir des portes monnaies.
Je marche, j'évite, je courbe mes trajectoires. Devant les parapluies de Cherbourg, des touristes sont littéralement en extase. Ils se prennent en photo, dignes comme des visiteurs chinois sur la place Notre Dame de Paris.
Je croise des couleurs, des gens rient, se chahutent. Des amoureux de tout âge se prennent la main, comme au premier jour où leurs doigts se sont effleurés. Des adolescents, la voix détruite par la mue et les boutons d'acné ergotent contre les devoirs, les profs pas sympas et pinailleurs, l'emploi du temps trop dur... Les terrasses de café sont timidement accostées, la fumée des petits noirs s'échappent dans l'atmosphère rafraîchie de cette matinée. Les goélands et les pigeons se disputent quelques miettes, tombées d'une baguette encore chaude et croustillante.
Je regarde, je fixe, j'admire.
Je tombe soudainement sur trois militaires.
Le décor devient moins anodin, moins gai.
Les trois grands machins raides comme des i, marchent en cadence, une deux trois quatre... une deux trois quatre... Leurs uniformes sont repassés, impeccables, leurs médailles en toc exposées. Les bérets sont régulièrement et réglementairement inclinés. Je me répète que je ne comprendrais jamais ce prestige de l 'uniforme ! A l'instant où je pense ceci, deux connasses se trémoussent, gloussent devant les carrures domptées à faire la guerre. Je parie que ça aurait été des marins, elles se seraient empressées de tâter du pompon...
Je ne m'y ferais jamais à l'armée. D'ailleurs, ça me chatouille dans la case à souvenirs...
"Moi qui m'étais levé de bonne humeur. Un samedi matin je crois. Le soleil était radieux et réchauffait cette matinée de décembre, froide et sèche comme je les aime, un goût de brouillard dans l'atmosphère. Les oiseaux s'ébattaient depuis la première lueur du jour, ils battaient joyeusement leurs ailes agiles. Je regardais par la fenêtre de la cuisine, vers la rivière scintillante qui s'écoulait paisiblement à l'ombre et à l'abri des arbres.
J'étais bien.
Je me préparais à engloutir un bon petit déjeuner, un chocolat chaud et sa jolie petite fumée au dessus, les tartines de pain frais...
Et puis, je ne sais pourquoi, je me persuadais, quel con, parti dans un élan gaillard, d'aller voir si le facteur, sa longue casquette, sa voiture jaune, avait déposé du courrier. Celui-ci se bornerait selon mes prévisions innocentes, à une lettre d'une amie pour ma mère, une facture peu importe laquelle, et calée entre les précédentes une de ces immondes publicités.
J'ouvrais la porte, le soleil me faisait plisser les yeux. Je longeais le petit trottoir sur ma gauche, je me trouvais rapidement en face des trois petites marches qui servaient autre fois à monter sur les chevaux, sur lesquelles se trouvait avec son petit toit rouge, la boîte aux lettres.
J'enfilais ma main dans la petite porte, en faisant attention de pas m'abîmer le poignet sur le rebord de tôle et saisissais son contenu.
Immédiatement je voyais un sigle : SN, agressif, en ne regardant pas à quel nom il était adressé. J'essayais de deviner ce que pouvaient signifier ces deux membres de l'alphabet mis bout à bout.
J'imaginais tout et n'importe quoi, "Service de Nettoyage", la nouvelle entreprise du coin ; un jeu concours au doux nom de "Super Nouvelle", avec un tirage au sort avec promesse d'une cagnotte à plusieurs zéros, ci joint la liste des précédents gagnants, des noms bien ronds, bien communs, pour faire peuple.
Et puis. Et puis, il a bien fallu ! Il a bien fallu que je baisse les yeux, et que je vois, non sans surprise, que mon nom et prénom figuraient en lieu et place d'adresse !
Alors là, jaillirent d'autres hypothèse, était-ce une proposition de crédit spécial jeune pour acheter une voiture, une vente de disque par correspondance... des trucs anodins, normaux, chiants au pire....
Je rentrais, je prenais un couteau pour décacheter ce mystérieux courrier. Pendant que le lait frémissait dans la casserole, d'un geste alerte, franc, j'ouvrais, ne me doutant de rien, ne prévoyant pas le piège ingrat et terrible, certain que ce papier irait finir sa course dans la poubelle entre le pot de yaourt et la brique de lait.
La détresse.
Cet envoi avait pour expéditeur le ministère de la Défense et sa prostituée : l'armée ! ! !
L'armée ! Putain ! L'armée ! Et son Service National ! SN !
Je l'avais bien oublié celui là ! J'avais bien fait le recensement officiel, en mairie, mais de là à recevoir ce torchon, il y avait du temps que je pensais long, très long, immensément long, jusqu'à l'oubli peut-être, avec un peu de chance...
L'armée ! L'armée ! L'armée ! Ce mot me revenait comme un marteau piqueur !
Je figurais bien dans ses fichiers manuscrits et informatiques, mon identité ne s'était pas perdue dans les paperasses gigantesques, au détours d'une mauvaise manipulation administrative. Mon dossier n'avait pas fini sur une étagère poussiéreuse, entre une commande d'armes et le nombre de victimes, d'une dictature africaine financée par l'Etat français, pour le bonheur de ses fabricants de munitions barbares.
L'armée ! Je n'en revenais pas !
Je n'osais lire la suite.
Je restais à scruter, un coup à gauche où s'inscrivait clairement le nom de la base militaire, cette connasse, un coup à droite, les yeux écarquilles sur mon nom et mon prénom qui n'avaient pas demandé à être là, tout bêtes de se retrouver dactylographier sur cette feuille laide.
Le régiment, ce mot est déjà effrayant ! On y lit le mot régime et ses bagages : restrictions, privations, personnalité passée à la moulinette, cantine dégueulasse, sous-chefs en manque d'autorité...
Dans régiment, il y a "ment" comme mentir, mensonge, m'enfous de ton avis, m'enfouterais de ton pacifisme...
Et moi ! Et moi qui me moquais il n'y a pas si longtemps, des pauvres gars qui y partaient, résignés, je ricanais de voir leurs tronches tondues.
Je ricanais en leur assurant que lorsque viendrait mon tour, ce serait fini, ce serait rangé au rayon des mauvais souvenirs, un truc tout moche, anachronique, une pièce d'identité devant laquelle des braillards médaillés se prosterneraient larme à l'oeil devant un temps révolu, où la bleusaille servait de faire valoir à leur narcissisme d'égout.
J'éteignais le gaz sous le lait, les tartines attendraient, l'appétit s'était barré, penaud...
Je lisais enfin le contenu du message, l'estomac noué, il m'annonçait l'épreuve des trois jours, institution française qui consiste en des examens, déterminants ou non, si chaque citoyen est apte à servir la France, à récurer les chiottes, menton relevé, patrie en blason, dans ses rangs de chair à canon...
ô pauvre de moi ! Je venais de me réveiller, de sortir de sous ma couverture encore chaude, et pourtant ce cauchemar sous enveloppe...
Moi antimilitariste de la première heure, moi que les armes et sa cousine la violence dégoûtent !
J'étais pris dans la toile du ministère de la guerre et de ses furieux !
Je pensais être à l'abri de cette ineptie humaine : l'apprentissage à tuer.
Je lisais plusieurs fois.
Même vision d'horreur.
Je me voyais propulser une claque dans le dos, des gâteaux secs dans les poches, au rang de troufion, coiffé d'un stupide couvre chef, comme un bonnet d'âne, déguisé en vert kaki pour pouvoir se rouler dans l'herbe, sans être vu par le crétin d'en face, le crève la peau sous le bras...
Après l'opération ficelée, le garde à vous obligatoire face au supérieur ravi du bétail, les godasses cirées, face au drapeau et ses couleurs au vent...
Je voyais d'ici la photo.
Celle qui se trouve dans tous les albums de famille. Celle que l'on exhibe comme un trophée, devant les invités autour d'un café, fièrement, heureux de voir, d'admirer "notre garçon", devenu un homme avec son permis de chasse. Après on s'étonne des guerres et on chiale devant les images du 20H au moment du dessert...
Et bien je préfère avertir tout le monde vous pouvez toujours ramper pour m'afficher !
Eh non ! Non ! Non ! Je ne voulais pas passer par là. Je ne voulais pas être souillé par cette grande gourde, sourde et muette, qui défile dans ses chars, fait des zigzags avec ses n'avions hors de prix, montre les dents avec ses troupes vendues comme des héros auprès des petits garçons ou aux adolescents en difficulté scolaire sur les places de marché...
Je ne voulais pas être cloué, coincé entre quatre murs, dans leurs bases secrètes ou non, stratégiques ou non, à jouer à la gueguerre parmi les amateurs de jeux débiles.
Personne ne mérite cette humiliation.
Au secours maman !
D'ailleurs je lui ai téléphoné à ma mère, aussitôt, comme si elle allait me dire "t'inquiètes pas t'iras pas je te ferais un mot..."
Ouais ouais, je sais appeler sa mère, je vois d'ici votre mine moqueuse, mais c'est certainement moins con, que de dire "oui sergent colonel machin chose" toute la journée...
Et puis fallait me comprendre, en une matinée, j'avais pris un sacré coup de vieux. Convoqué par l'armée, ça repoussait un peu plus loin encore mon enfance, encore, toujours..."
Je ne voulais pas et ne veux toujours pas devenir un maillon de la tuerie à grande échelle.
Je marche, j'évite, je courbe mes trajectoires. Devant les parapluies de Cherbourg, des touristes sont littéralement en extase. Ils se prennent en photo, dignes comme des visiteurs chinois sur la place Notre Dame de Paris.
Je croise des couleurs, des gens rient, se chahutent. Des amoureux de tout âge se prennent la main, comme au premier jour où leurs doigts se sont effleurés. Des adolescents, la voix détruite par la mue et les boutons d'acné ergotent contre les devoirs, les profs pas sympas et pinailleurs, l'emploi du temps trop dur... Les terrasses de café sont timidement accostées, la fumée des petits noirs s'échappent dans l'atmosphère rafraîchie de cette matinée. Les goélands et les pigeons se disputent quelques miettes, tombées d'une baguette encore chaude et croustillante.
Je regarde, je fixe, j'admire.
Je tombe soudainement sur trois militaires.
Le décor devient moins anodin, moins gai.
Les trois grands machins raides comme des i, marchent en cadence, une deux trois quatre... une deux trois quatre... Leurs uniformes sont repassés, impeccables, leurs médailles en toc exposées. Les bérets sont régulièrement et réglementairement inclinés. Je me répète que je ne comprendrais jamais ce prestige de l 'uniforme ! A l'instant où je pense ceci, deux connasses se trémoussent, gloussent devant les carrures domptées à faire la guerre. Je parie que ça aurait été des marins, elles se seraient empressées de tâter du pompon...
Je ne m'y ferais jamais à l'armée. D'ailleurs, ça me chatouille dans la case à souvenirs...
"Moi qui m'étais levé de bonne humeur. Un samedi matin je crois. Le soleil était radieux et réchauffait cette matinée de décembre, froide et sèche comme je les aime, un goût de brouillard dans l'atmosphère. Les oiseaux s'ébattaient depuis la première lueur du jour, ils battaient joyeusement leurs ailes agiles. Je regardais par la fenêtre de la cuisine, vers la rivière scintillante qui s'écoulait paisiblement à l'ombre et à l'abri des arbres.
J'étais bien.
Je me préparais à engloutir un bon petit déjeuner, un chocolat chaud et sa jolie petite fumée au dessus, les tartines de pain frais...
Et puis, je ne sais pourquoi, je me persuadais, quel con, parti dans un élan gaillard, d'aller voir si le facteur, sa longue casquette, sa voiture jaune, avait déposé du courrier. Celui-ci se bornerait selon mes prévisions innocentes, à une lettre d'une amie pour ma mère, une facture peu importe laquelle, et calée entre les précédentes une de ces immondes publicités.
J'ouvrais la porte, le soleil me faisait plisser les yeux. Je longeais le petit trottoir sur ma gauche, je me trouvais rapidement en face des trois petites marches qui servaient autre fois à monter sur les chevaux, sur lesquelles se trouvait avec son petit toit rouge, la boîte aux lettres.
J'enfilais ma main dans la petite porte, en faisant attention de pas m'abîmer le poignet sur le rebord de tôle et saisissais son contenu.
Immédiatement je voyais un sigle : SN, agressif, en ne regardant pas à quel nom il était adressé. J'essayais de deviner ce que pouvaient signifier ces deux membres de l'alphabet mis bout à bout.
J'imaginais tout et n'importe quoi, "Service de Nettoyage", la nouvelle entreprise du coin ; un jeu concours au doux nom de "Super Nouvelle", avec un tirage au sort avec promesse d'une cagnotte à plusieurs zéros, ci joint la liste des précédents gagnants, des noms bien ronds, bien communs, pour faire peuple.
Et puis. Et puis, il a bien fallu ! Il a bien fallu que je baisse les yeux, et que je vois, non sans surprise, que mon nom et prénom figuraient en lieu et place d'adresse !
Alors là, jaillirent d'autres hypothèse, était-ce une proposition de crédit spécial jeune pour acheter une voiture, une vente de disque par correspondance... des trucs anodins, normaux, chiants au pire....
Je rentrais, je prenais un couteau pour décacheter ce mystérieux courrier. Pendant que le lait frémissait dans la casserole, d'un geste alerte, franc, j'ouvrais, ne me doutant de rien, ne prévoyant pas le piège ingrat et terrible, certain que ce papier irait finir sa course dans la poubelle entre le pot de yaourt et la brique de lait.
La détresse.
Cet envoi avait pour expéditeur le ministère de la Défense et sa prostituée : l'armée ! ! !
L'armée ! Putain ! L'armée ! Et son Service National ! SN !
Je l'avais bien oublié celui là ! J'avais bien fait le recensement officiel, en mairie, mais de là à recevoir ce torchon, il y avait du temps que je pensais long, très long, immensément long, jusqu'à l'oubli peut-être, avec un peu de chance...
L'armée ! L'armée ! L'armée ! Ce mot me revenait comme un marteau piqueur !
Je figurais bien dans ses fichiers manuscrits et informatiques, mon identité ne s'était pas perdue dans les paperasses gigantesques, au détours d'une mauvaise manipulation administrative. Mon dossier n'avait pas fini sur une étagère poussiéreuse, entre une commande d'armes et le nombre de victimes, d'une dictature africaine financée par l'Etat français, pour le bonheur de ses fabricants de munitions barbares.
L'armée ! Je n'en revenais pas !
Je n'osais lire la suite.
Je restais à scruter, un coup à gauche où s'inscrivait clairement le nom de la base militaire, cette connasse, un coup à droite, les yeux écarquilles sur mon nom et mon prénom qui n'avaient pas demandé à être là, tout bêtes de se retrouver dactylographier sur cette feuille laide.
Le régiment, ce mot est déjà effrayant ! On y lit le mot régime et ses bagages : restrictions, privations, personnalité passée à la moulinette, cantine dégueulasse, sous-chefs en manque d'autorité...
Dans régiment, il y a "ment" comme mentir, mensonge, m'enfous de ton avis, m'enfouterais de ton pacifisme...
Et moi ! Et moi qui me moquais il n'y a pas si longtemps, des pauvres gars qui y partaient, résignés, je ricanais de voir leurs tronches tondues.
Je ricanais en leur assurant que lorsque viendrait mon tour, ce serait fini, ce serait rangé au rayon des mauvais souvenirs, un truc tout moche, anachronique, une pièce d'identité devant laquelle des braillards médaillés se prosterneraient larme à l'oeil devant un temps révolu, où la bleusaille servait de faire valoir à leur narcissisme d'égout.
J'éteignais le gaz sous le lait, les tartines attendraient, l'appétit s'était barré, penaud...
Je lisais enfin le contenu du message, l'estomac noué, il m'annonçait l'épreuve des trois jours, institution française qui consiste en des examens, déterminants ou non, si chaque citoyen est apte à servir la France, à récurer les chiottes, menton relevé, patrie en blason, dans ses rangs de chair à canon...
ô pauvre de moi ! Je venais de me réveiller, de sortir de sous ma couverture encore chaude, et pourtant ce cauchemar sous enveloppe...
Moi antimilitariste de la première heure, moi que les armes et sa cousine la violence dégoûtent !
J'étais pris dans la toile du ministère de la guerre et de ses furieux !
Je pensais être à l'abri de cette ineptie humaine : l'apprentissage à tuer.
Je lisais plusieurs fois.
Même vision d'horreur.
Je me voyais propulser une claque dans le dos, des gâteaux secs dans les poches, au rang de troufion, coiffé d'un stupide couvre chef, comme un bonnet d'âne, déguisé en vert kaki pour pouvoir se rouler dans l'herbe, sans être vu par le crétin d'en face, le crève la peau sous le bras...
Après l'opération ficelée, le garde à vous obligatoire face au supérieur ravi du bétail, les godasses cirées, face au drapeau et ses couleurs au vent...
Je voyais d'ici la photo.
Celle qui se trouve dans tous les albums de famille. Celle que l'on exhibe comme un trophée, devant les invités autour d'un café, fièrement, heureux de voir, d'admirer "notre garçon", devenu un homme avec son permis de chasse. Après on s'étonne des guerres et on chiale devant les images du 20H au moment du dessert...
Et bien je préfère avertir tout le monde vous pouvez toujours ramper pour m'afficher !
Eh non ! Non ! Non ! Je ne voulais pas passer par là. Je ne voulais pas être souillé par cette grande gourde, sourde et muette, qui défile dans ses chars, fait des zigzags avec ses n'avions hors de prix, montre les dents avec ses troupes vendues comme des héros auprès des petits garçons ou aux adolescents en difficulté scolaire sur les places de marché...
Je ne voulais pas être cloué, coincé entre quatre murs, dans leurs bases secrètes ou non, stratégiques ou non, à jouer à la gueguerre parmi les amateurs de jeux débiles.
Personne ne mérite cette humiliation.
Au secours maman !
D'ailleurs je lui ai téléphoné à ma mère, aussitôt, comme si elle allait me dire "t'inquiètes pas t'iras pas je te ferais un mot..."
Ouais ouais, je sais appeler sa mère, je vois d'ici votre mine moqueuse, mais c'est certainement moins con, que de dire "oui sergent colonel machin chose" toute la journée...
Et puis fallait me comprendre, en une matinée, j'avais pris un sacré coup de vieux. Convoqué par l'armée, ça repoussait un peu plus loin encore mon enfance, encore, toujours..."
Je ne voulais pas et ne veux toujours pas devenir un maillon de la tuerie à grande échelle.

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