Alors demain c’est le grand soir ! Le grand chambard ! Les syndicats tous unis, main dans la main, leurs doigts se frôlent ! Il y a longtemps qu’ils ne s’étaient pas autant aimés ceux-là ! Leurs moues timides se croisent en de coquins et conquis regards ! Ils vont mettre le bordel ! La révolution est en marche ! Les pouvoirs prennent peur et se barricadent ! La Garde Républicaine se tient prés à l’assaut du peuple asservi sous les bottes des banquiers, et autres félons de la finance crasse organisée … la paupérisation galopante donne l’élan aux âmes les plus fatiguées, les plus usées de courir après le pognon pour pouvoir manger les grillades le dimanche ! Les bataillons de CRS vont fuir devant les hordes assoiffées de syndicalistes en cagoules ! … Les journaux télévisés vont ouvrir leur antenne sur le déferlement violent, mais libérateur, d’une respiration puissante ! L’exaltation à son summum ! Les gens s’embrassent, s’enlacent, pleurent, rient, se congratulent ! Les responsables de la situation morose, dans laquelle ils ont plongé tête la première, sont submergés par la frousse, frappés par une soudaine prise de conscience du mal être des masses laborieuses, modifieront leurs réformes sodomites, et le monde se renouvellera enfin !
Non je déconne… demain soir, point d’une telle joie… le défilé aura grommelé comme à son habitude, comme le ronron tranquille d’un gros matou après un pâté de luxe aux morceaux de poulet… Les images seront les mêmes, la traditionnelle queue décorée des éternelles banderoles, aux slogans éculés, les lettres vieillies par des marches insoupçonnées, répétées, proportionnelles aux luttes avortées, des individus fatigués, vidés, déçus de se faire avoir… Les chefs syndicaux vont se congratuler, multiplier par 10 leur dénombrement et se quitter sur une belle accolade et l’apéro de circonstance. De son côté la police, qui connait de plus sérieux problèmes de calcul, aura divisé les manifestants par 100, rangeront tranquillement leur équipement de militaire en commando spécial. Les politiques nous serineront qu’ils ont bien évidement entendu la rue, son mécontentement, ses craintes, ses peurs, son angoisse face à l’avenir, mais ajouteront d’un revers de main diplomatique, qu’ils s’en branlent royal, que d’abord l’ordre c’est eux, les responsables c’est eux, les réalistes c’est eux, la vérité c’est eux, que cette manifestation du 1er mai, conséquente ou pas, n’a que pour réponse la poursuite de leur idéologie politique, et que le courant de réforme doit encore s’accentuer ! S’accélérer ! Tout le monde se quittera, le travail bien fait, la main sur l'épaule, et se dira à la prochaine.
Au mieux notre petit PDR va nous promettre un nouveau rendez-vous à la télévision, pour encore nous expliquer sa vision du monde et sa joie de vivre, et nous répéter qu’on est des cons, qu’on a rien compris, qu’il est gentil même si ça se voit pas. Et qu’il fait tout ce joli boulot pour nous, ses ouailles en admiration devant son énergie dévastatrice, désordonnée, brouillonne. Qu’il se souci de notre malheur social, qu’il est touché par nos messages de détresses, par nos découverts SOFINCO, par nos factures de gaz, par nos chiottes bouchées… mais que tout va bien, il nous garantit que la crise ne va pas durer, et que dans son bunker doré de l’Elysée, il voit des jours meilleurs arriver, en mangeant avec son mannequin chanteuse aphone, les derniers mets en vogue des palaces parisiens. Des repas offert par un copain industriel de renom…
Et puis bon, les manifestants, les pas contents, repartiront chacun dans leurs usines à grogner et dire que le monde est dégueulasse et que ce n’est pas demain la vieille, qu’ils vont s’acheter le dernier écran plat, pour regarder « à prendre ou à laisser », pour traiter le banquier de « chacal », avec le « chacal » Arthur.
Les syndicats et leurs maitres repartiront sourire aux lèvres pour la photo, mais se demanderont stressés, comment ils vont pouvoir continuer à maintenir et contrôler la foule et ses emmerdes, et les faire piétiner en rangs bien élevés. Ils rentrent chez eux la peur au derrière, de sentir la colère de leur base, mais aussi des sans étiquettes, dépasser leurs prérogatives négociatrices… et balancer par la même occasion, leurs vieilles chansons revendicatrices…
Le populo se félicitera de l’importance du défilé, ne cachera pas sa joie de se sentir moins seul, et va feindre d’espérer un geste de la part de notre petit PDR… alors que lui et sa bande déboucheront la roteuse, en se dandinant sur le dernier opus de Carla Bruni, devant un 1er mai qui aura été l’occasion de bien rire… encore une fois...
Bref !
Résignation ? Non vous croyez…



