dimanche 28 février 2010

Marianne ...


Le grand emprunt est lancé. Les têtes pensantes des autorités en place ont chargé les publicitaires de leur concocter une jolie affiche accrocheuse, aguicheuse, pour glaner ici et là quelques euros et en profiter pour rappeler au populo, comment le gouvernement s’occupe bien de lui et des jours à venir.

Les encarts se succèdent joyeusement sur et dans les supports prévus pour. Autant vous l’annoncer d’emblée, les philosophes de la réclame n’y sont pas allés par quatre chemins. Ils ont fait comme d’habitude, du grossier, du large, de la vulgarité, de la valeur à grosses louches.

Ils ont surfé sur la métaphore.

Une Marianne de profil, femme de blanc vêtue, le ventre fécondé et rond, sur lequel des mains protectrices, et au dessus du colis, un regard planté vers l’horizon… Envolées métaphoriques, surenchère du symbole, les poètes aux dents de requins ont exulté, le cœur de cible au bout de leur majeur dressé comme un poignard ! Tout y est : machisme, traditionalisme, représentations éculées, acculées à leur connerie grasse, mesquine, putassière.

Il convient d’effectuer un résumé de la « maculée » conception lors du concile marchandising :

"L’Etat quémande de l’argent ? L’effigie est toute crachée : la femme ! La femme et l’argent, quelqu’un peut-il avancer une plus parfaite définition de la cupidité ? Les gars ? Bon la France sous les traits d’une gonzesse, il nous faut du lourd, un logo de choix… « Marianne ! » hurle un des gigolos de l’insigne commercial, le visage intimidé de sa trouvaille ! Deux de ses collègues se demandent qui est cette Marianne… Mais pris dans l’élan, ils se raccordent à la bande en ébullition et tout le monde applaudit ! Ils se congratulent les génies !

L’emprunt est censé porté le désir d’avenir d’un pays aux caisses vides ? Attention ça réfléchit dur chez les marchands de tapis… Il faut trouver une astuce… Vite… Une concordance… Un raccord… L’avenir pour une femme ? Etre enceinte ! Se reproduire ! De toute façon quand elles bossent les pondeuses, elles sont sous payées rigole un des escrocs ! Ils s’embrassent ! S’enlacent ! Se serrent dans leurs bras tatoués de la tête de Séguela…

Certains pleurent sous l’émotion ! Les mouchoirs en papiers pleuvent dans une averse de bons sentiments marketing… Résultat : Marianne est maintenant en cloque et elle va dandiner son cul pour faire le trottoir !

Un de la joyeuse équipe souligne que c’est un peu trop sexuel tout ça, il faut rectifier le tire, alors que les plus motivés se retiennent de l’attifer en star du porno, mode Clara Morgane en missionnaire. Le bout rouge, ce bonnet rouge pardon, ostentatoire, provocateur, placé sur cette extrémité nommée tête… « Faut réagir ! Faut modifier », implore le coincé du haut de forme ! Il ne faut pas effrayer la ménagère de plus de 50 ans… C’est décidé, Marianne haute figure de la République perd son apparat pourpre d’obsédée, elle se pare d’un magnifique blanc, coloris assermenté du royalisme… mais c’est un détail, et puis « qu’est qu’on s’en fout de l’Histoire ! Hein ! Faut le vendre ce crédit patriotique ! », se gausse un énergumène le nez au dessus de sa ligne de coke et son teeshirt Banania mode colonial, son préféré…

Et puis, un des membres de cette partouze d’andouilles avec sa croix de premier communiant se balançant autour du cou, signale l’œil brillant, à genoux, que cette maternité sur pattes, pardon que cette femme revêt l’allure, la contenance, la silhouette subliminale de la Sainte Vierge, devenue pour l’occasion guichetière de banque. C’est gagné le segment des culs bénits sera conquis ! Un cri de joie explose à travers la pièce de travail, fige ce brainstorming touché par la grâce et la grasse facture !

C’est trop ! La concorde s’empare des apôtres de la récolte pécuniaire ! En attendant la clameur, Christine Boutin qui passe dans les parages, sort sa Bible de son corset en dentelle et bénit l’assemblée de ces porcs en rut devant leur création, leur avatar ! Lagarde fait une danse du feu dans une chorégraphie poussive rappelant le « lip daube » de la jeunesse UMP, Besson fête l’occasion en expulsant des Haïtiens vers leur contrée en ruines ! Fillon promet une épilation totale de ses sourcils ! Notre petit PDR enfile ses échasses et baise le bout du nez de sa chanteuse aphone ! La République est sauve, les caisses se rempliront de nouveau ! Face à la prochaine crise économique, les caisses de nouveau généreuses gaveront les banques en difficulté… Il sera temps alors de refaire la manche…"

mercredi 17 février 2010

La St Crétin...


Notre espace temps est de plus en plus occupé par des balises de plus en plus grossières. Des balises qui en plus d’être peu discrètes se parent d’emballages laids, prioritairement et quasi exclusivement « commerciaux ». Notre pauvre humanité ne se reconnait qu’en des actes poussés, guidés, enfoncés, bourrés, rabâchés jusqu’à l’overdose, jusqu’à l’indigestion la plus coriace. Les autorités sanitaires nous avertissent du développement de la gastroentérite mais cette diarrhée saisonnière n’est que billevesée face à la campagne obscène en faveur de la fête des amoureux et sa longue litanie estampillée et proclamée romantique par les proxénètes du sentiment.

Tous les ans, il est difficile d’échapper à la cuvée guimauve, dont la promotion nous ramène au niveau préhistorique.

Quelle joie de constater les rabais sur les étalages de dessous braillés « sexy » par les supermarchés, culottes en dentelles, strings à ficelle extra fine, bas rouges dignes des débuts de mois sur Canal +, le tout coincé entre les DVD de Navarro et les tranches de rôti de porc… Attention ne vous m’éprenez pas ! Il ne s’agit pas de dénigrer le mauvais goût adapté aux moins fortunés d’entre nous, non pas du tout ! Il n’est pas moins « classe » de s’encanailler à pénétrer dans un magasin spécialisé dans la lingerie pour s’exciter le caleçon Dim… Peu importe la déclaration de revenus ! La vulgarité est au bout ! Que Bobonne soit sanctifiée d’un ensemble aguicheur dissimulé sous les pots de yaourts du caddie ou commémorée par des guenilles « couches toi là » enveloppées par les soins d’un vendeur certifié, la St Valentin n’en demeure pas moins un appel des plus primaires.

L’homme y est placé comme détenteur du compte bancaire et devant le mouvement sans faille, entretenu par les petits malins qui savent que ça marche, le mâle doit ravir et contenter d’une offrande sa femme redevenue femelle. Un cadeau qui lui ouvrira des secrets d’intimité, puisque la femme décrétée vénale par les margoulins calculateurs, succombera au sacrifice et pour finir cette cérémonie ancestrale, elle s’unira à lui, en un râle alimenté par la dernière cafetière SENSEO empaquetée sous la rose et les portes jarretelles…

A peine sortis des festivités pour la naissance prétendue d’un prétentieux prophète amateur de vinasse et de boulangerie, à peine extirpé du rouleau compresseur des soldes à gogo pour gogos, on nous plonge la face dans la tringle générale du 14 février… La St Valentin nous empêche de penser c’est un de ses premiers rôles, sa principale fonction. Elle n’est qu’une étape vers la démission. Dès novembre, les appels à la générosité, pourtant fantastique mensonge, de Noël nous inondent, , ensuite la corde tire jusqu’au Jour de l’An et ses feux d’artifices et ses cuites anesthésiantes… Pour persévérer, avant que tout le monde ne s’aperçoive des fortunes inconsidérées englouties dans ces réjouissances robotisées, les soldes arrivent au grand galop pour éviter de se lamenter devant notre chéquier débile. Et en bout de course des ristournes sensationnelles, arrivent avec son lot barbare de produits dérivés et de menus surtaxés de connerie, nos danses de la séduction encadrées et rythmées par les devantures surchargées des boutiquiers Sex Shop.

Notre existence est jalonnée de ces bringues chroniques, planifiées, agencées. Nos envies, nos tendresses, nos attirances n’ont pas échappé à la règle. La St Valentin est devenue la fête des fleuristes et le premier VRP des restaurants et leurs formules en forme de cœur. Les salles des restos de viandes saignantes se transforment en secte, avec ces couples par poignées, leurs sourires forcés jetés à table par les réclames putassières, obnubilés par le souci de faire comme tout le monde et éviter les railleries.

Et oui, les derniers résistants à cette singerie à code carte bleue sont montrés du doigt, honte à eux, ces goujats et insulte suprême criée par la bonne conscience : ces radins ! Si tu refuses de dépenser ton fric dans le filet garni de la mélasse mercantile du cul, haro sur toi, mécréant !

mercredi 10 février 2010

Normal, tout ça, normal...


Une collégienne s’est faite arrêtée par la police. Digne d’une mission à hauts risques, les forces spéciales du Far West de notre petit PDR sont allés chopper au réveil la boutonneuse. Elle se réveillait doucement en zappant entre Télématin présenté par les dents de Leymergie et les dessins animés des chaines TNT. Elle finissait péniblement son bol de céréales, celles du paquet avec le gros tigre bodybuildé dessus. Elle commençait à stresser des exos de maths qu’elle avait bâclé en se lamentant que le théorème de Pythagore ne servait qu’à une chose : l’emmerder, sombrement l’emmerder.
Elle ne soupçonnait pas un instant, la flicaille aux aguets, entourant sa maison comme le repaire d’une terroriste sur lequel pèse un mandat d’arrêt international. Pendant sa digestion de biscottes, les policiers rodaient autour des murs de sa demeure. Ils se parlaient dans leurs radios à code confidentiel. Ils s’étaient retenus de boucler le quartier de peur qu’elle s’enfuie en rollers et ne les sème en une course poursuite infernale, eux le gyrophare gueulant à tue tête et elle hors la loi sous son Mp3 bombardé du dernier tube d’Amel Bent… Non elle ne les aurait pas ! Ils avaient tout prévu !
Ils s’étaient équipés pour l’occasion : pares balles, matraques, flingues chargés et casques de protection réglementaires, un appel de l’armée n’étant que le dernier recours si la situation dégénérait. La gamine devait répondre de son atroce crime : une dispute un peu houleuse dans une cour de récréation de son collège ! Après s’être assuré par survol d'hélicoptère et les dernières images satellites, les représentants de la justice spectacle osaient frapper à la porte, en n’oubliant pas de s’essuyer les pieds sur le paillasson « Bienvenue ». Au bruit sourd provenant du seuil, le jeune adolescente qui s’apprêtait à lire le dernier article sur sa star préférée dans son magazine de teenagers, fut surprise, mais tout d’abord polie, alors elle se dirigeait sans méfiance vers l’entrée. A noter qu’elle enfilait ses chaussons à tête de lapin, ce qui était déjà en soi la preuve d’une volonté de fuir, selon le plus futé des enquêteurs présents… Nos agents très spéciaux avaient bien fait de se montrer prudents…
Elle ouvrait. Devant la vue des policiers en masse et en position de tire, elle ne résistait pas et se désarmait sans aucune hésitation, elle jetait son doudou dans le couloir. Devant cet acte inconsidéré, un des barbouzes très nerveux se couchait à terre en dégainant son Taser. Heureusement il ne l’enclenchait pas ! Son supérieur, quelque peu apeuré par la silhouette menaçante des cheveux encore ébouriffés de la jeune fille, lui stipulait sa garde à vue et son expédition immédiate au commissariat ! Elle s’exécutait, elle demandait seulement le droit de s’habiller, les fins limiers lui refusaient cette liberté. Ils l’embarquaient sans attendre dans leur fourgon blindé pour malfrats de grands chemins. Ils se tapaient dans les mains, se félicitaient de cet objectif rempli sans accroc. La proie n’était pourtant pas facile. Et l’affaire méritait bien ce zèle. La presse couronnerait leur réussite en l’exposant en une. Le ministre de l’intérieur les avait prévenus, les adolescentes étaient aussi dangereuses que les auvergnats. Normal, tout ça, normal…

Il neige c’est l’hiver. On nous avertit dans un même et solidaire élan : méfions nous de cette saison glaciale, il tombe du ciel des choses en grand nombre, des flocons par milliers, menace parmi les menaces ! Et on nous parle du prix des fruits qui augmentent, de la consommation d’un coup plus importante en énergie, le malheur de ces innocentes voitures qui ne pourront plus circuler comme bon leur semble et le regard triste de leurs conducteurs, engloutis sous cette terrible vérité qu’un manteau blanc, même léger, a raison de notre arrogance à tout contrôler, notre suffisance, notre rythme de vie seulement et principalement guidé par le joug de l’activité économique et salariée… La neige n’est intéressante que lorsqu’elle participe à notre recherche éperdue de bénéfices en cascade, sur les pistes balisées par les stations de ski et leurs machines à sous en forme de tire-fesses. Ou pour les JO d’hiver pour jouer les vitrines de Coca et consorts… On nous gave comme des oies avec de longues tirades pour nous bourrer le mou avec cette évidence : l’hiver est une saison froide où il se peut que, par un mécanisme ancestral et pourtant connu de tous, l’eau se transforme en légères retombées blanches. Normal, tout ça, normal…

La longue histoire de l’humanité a beau rappeler que la guerre tue, on continue à nous servir de la commémoration à grosses louches, du deuil national grossier. Le macabre décompte de notre présence en Afghanistan persévère dans son annonce quasi habituelle d’une nouvelle et triste perte pour l’armée française. Evidemment c’est navrant et malheureux une vie perdue, peu importe la manière, mais le rouleau compresseur médiatique nous roule dessus à chaque victime qui peut revendiquer les couleurs bleu blanc rouge et qui a servi dans nos troupes à rangers. La peur entretenue est souvent un outil efficace de la politique, mais la culpabilité n’en est pas moins cultivée. Alors on nous accable de chaque martyr même quand dans son contrat de travail la mort par combat est le principal risque… Si les politiques en avaient fait autant avec la complicité moutonnière des médias, à propos des millions de disparitions de la Première et la Seconde Guerre Mondiale et leurs petites cousines de la décolonisation, seules les pages de publicité couperaient les remises de médailles à titre posthume… A noter que dans le même jour, mais dans un ordre hiérarchique bien établi, le soldatesque tricolore étant bien entendu en tête de gondole des mines dramatiques, un reportage nous apprend qu’une avalanche faisait près de 200 victimes afghanes, mais là ce titre n’a mérité qu’une brève en fin de course d’un journal pressé par la météo du jour à donner… Normal tout ça, normal…