mercredi 10 février 2010

Normal, tout ça, normal...


Une collégienne s’est faite arrêtée par la police. Digne d’une mission à hauts risques, les forces spéciales du Far West de notre petit PDR sont allés chopper au réveil la boutonneuse. Elle se réveillait doucement en zappant entre Télématin présenté par les dents de Leymergie et les dessins animés des chaines TNT. Elle finissait péniblement son bol de céréales, celles du paquet avec le gros tigre bodybuildé dessus. Elle commençait à stresser des exos de maths qu’elle avait bâclé en se lamentant que le théorème de Pythagore ne servait qu’à une chose : l’emmerder, sombrement l’emmerder.
Elle ne soupçonnait pas un instant, la flicaille aux aguets, entourant sa maison comme le repaire d’une terroriste sur lequel pèse un mandat d’arrêt international. Pendant sa digestion de biscottes, les policiers rodaient autour des murs de sa demeure. Ils se parlaient dans leurs radios à code confidentiel. Ils s’étaient retenus de boucler le quartier de peur qu’elle s’enfuie en rollers et ne les sème en une course poursuite infernale, eux le gyrophare gueulant à tue tête et elle hors la loi sous son Mp3 bombardé du dernier tube d’Amel Bent… Non elle ne les aurait pas ! Ils avaient tout prévu !
Ils s’étaient équipés pour l’occasion : pares balles, matraques, flingues chargés et casques de protection réglementaires, un appel de l’armée n’étant que le dernier recours si la situation dégénérait. La gamine devait répondre de son atroce crime : une dispute un peu houleuse dans une cour de récréation de son collège ! Après s’être assuré par survol d'hélicoptère et les dernières images satellites, les représentants de la justice spectacle osaient frapper à la porte, en n’oubliant pas de s’essuyer les pieds sur le paillasson « Bienvenue ». Au bruit sourd provenant du seuil, le jeune adolescente qui s’apprêtait à lire le dernier article sur sa star préférée dans son magazine de teenagers, fut surprise, mais tout d’abord polie, alors elle se dirigeait sans méfiance vers l’entrée. A noter qu’elle enfilait ses chaussons à tête de lapin, ce qui était déjà en soi la preuve d’une volonté de fuir, selon le plus futé des enquêteurs présents… Nos agents très spéciaux avaient bien fait de se montrer prudents…
Elle ouvrait. Devant la vue des policiers en masse et en position de tire, elle ne résistait pas et se désarmait sans aucune hésitation, elle jetait son doudou dans le couloir. Devant cet acte inconsidéré, un des barbouzes très nerveux se couchait à terre en dégainant son Taser. Heureusement il ne l’enclenchait pas ! Son supérieur, quelque peu apeuré par la silhouette menaçante des cheveux encore ébouriffés de la jeune fille, lui stipulait sa garde à vue et son expédition immédiate au commissariat ! Elle s’exécutait, elle demandait seulement le droit de s’habiller, les fins limiers lui refusaient cette liberté. Ils l’embarquaient sans attendre dans leur fourgon blindé pour malfrats de grands chemins. Ils se tapaient dans les mains, se félicitaient de cet objectif rempli sans accroc. La proie n’était pourtant pas facile. Et l’affaire méritait bien ce zèle. La presse couronnerait leur réussite en l’exposant en une. Le ministre de l’intérieur les avait prévenus, les adolescentes étaient aussi dangereuses que les auvergnats. Normal, tout ça, normal…

Il neige c’est l’hiver. On nous avertit dans un même et solidaire élan : méfions nous de cette saison glaciale, il tombe du ciel des choses en grand nombre, des flocons par milliers, menace parmi les menaces ! Et on nous parle du prix des fruits qui augmentent, de la consommation d’un coup plus importante en énergie, le malheur de ces innocentes voitures qui ne pourront plus circuler comme bon leur semble et le regard triste de leurs conducteurs, engloutis sous cette terrible vérité qu’un manteau blanc, même léger, a raison de notre arrogance à tout contrôler, notre suffisance, notre rythme de vie seulement et principalement guidé par le joug de l’activité économique et salariée… La neige n’est intéressante que lorsqu’elle participe à notre recherche éperdue de bénéfices en cascade, sur les pistes balisées par les stations de ski et leurs machines à sous en forme de tire-fesses. Ou pour les JO d’hiver pour jouer les vitrines de Coca et consorts… On nous gave comme des oies avec de longues tirades pour nous bourrer le mou avec cette évidence : l’hiver est une saison froide où il se peut que, par un mécanisme ancestral et pourtant connu de tous, l’eau se transforme en légères retombées blanches. Normal, tout ça, normal…

La longue histoire de l’humanité a beau rappeler que la guerre tue, on continue à nous servir de la commémoration à grosses louches, du deuil national grossier. Le macabre décompte de notre présence en Afghanistan persévère dans son annonce quasi habituelle d’une nouvelle et triste perte pour l’armée française. Evidemment c’est navrant et malheureux une vie perdue, peu importe la manière, mais le rouleau compresseur médiatique nous roule dessus à chaque victime qui peut revendiquer les couleurs bleu blanc rouge et qui a servi dans nos troupes à rangers. La peur entretenue est souvent un outil efficace de la politique, mais la culpabilité n’en est pas moins cultivée. Alors on nous accable de chaque martyr même quand dans son contrat de travail la mort par combat est le principal risque… Si les politiques en avaient fait autant avec la complicité moutonnière des médias, à propos des millions de disparitions de la Première et la Seconde Guerre Mondiale et leurs petites cousines de la décolonisation, seules les pages de publicité couperaient les remises de médailles à titre posthume… A noter que dans le même jour, mais dans un ordre hiérarchique bien établi, le soldatesque tricolore étant bien entendu en tête de gondole des mines dramatiques, un reportage nous apprend qu’une avalanche faisait près de 200 victimes afghanes, mais là ce titre n’a mérité qu’une brève en fin de course d’un journal pressé par la météo du jour à donner… Normal tout ça, normal…

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