jeudi 4 juin 2009

Les élections quoi ? (bis)


Les européennes, j’ai beau vouloir essayer, je ne parviens pas à forcer mon écriture sur ce sujet passionnant… Je peux faire un léger aparté sur ce qui va être triomphant : l’abstention ! Les politiques dans leur majorité, les médias et leur glue morale, les spécialistes du genre faussement affolés, les conclusions des instituts de sondage, feignent l’indignation, l’inquiétude, les regards aux gros yeux, l’angoisse de l’urne soigneusement évitée… Ils prennent tous leur air triste, apitoyé, démuni face à l’évidence. Ils rejettent la faute à un scrutin dénoncé comme affaire de parlementaires sans réel pouvoir, scrutin pour un parlement dénué de prérogatives décisionnaires, pleurent sur l’image négative de l’Europe bureaucratique et supranationale (et les personnes qui s’en plaignent sont les premiers à s’en servir comme alibi…), et j’en passe…

Mais ce beau monde, à part quelques uns que ça arrange, et qui du coup se tirent une balle dans le pied, oublie de rappeler la dernière action estampillée « foutage » de gueule flagrant… la constitution européenne !

Les français au même titre que d’autres pays européens, se sont jadis, prononcés sur ce projet politique majeur. Dans un élan assez net, ce même peuple avait décidé de dire NON. Quelques temps plus tard, ces mêmes électeurs ont vu une des plus grandes entourloupes démocratiques, se faire sous leurs yeux d’eurosceptiques : l’adoption du traité de Lisbonne, qui grosso modo, a envoyé promener les résultats du référendum sur la question, et contraignait tant bien que mal, les pays ayant dit NON à la constitution européenne, d’y adhérer quand même.

Un tour de passe-passe pour lequel, les politiques se sont mués en des technocrates froids et disciplinés. Ils faisaient table rase du vote des ploucs, pardon des citoyens européens, trop nuls, trop incultes, trop empêcheurs de tourner en rond, dans leur monde merveilleux des marchés dérégulés, où Sainte Concurrence fait la joie des vendeurs de breloques… Les politiques auteurs de ce coup de force n’ont semble t-il pas mesuré les conséquences désastreuses d’un tel acte. Le référendum est l’appel par excellence au vote des citoyens, il a une renommée, une aura, une signification de première importance, une sorte de suffrage cinq étoiles. Les électeurs avaient joué le jeu, la démocratie était en route, elle fonctionnait, elle faisait son bonhomme de chemin, chacun était libre de son choix.

Le traité de Lisbonne et sa violence symbolique et réelle ont laissé des traces.

Comment ne pas se sentir trahi, conchié, méprisé, recalé ? Comment maintenant attirer l’électeur européen, comment le raccrocher au train enchanteur d’une Europe unie ?

Messieurs, chassez, balayez, séchez vos larmes, vos lamentations exagérées, spoliatrices, comédies tragico-comiques, elles ne prennent malheureusement plus… vous avez écrasé vous-même le réel espoir, que la formidable construction européenne avait fait naître : un monde plus juste, étendard de la démocratie, fondé sur la déclaration universelle des droits de l'Homme, avec un grand H.

Devant l’apathie et le désintérêt vis-à-vis de l’Europe, on va encore nous seriner les esgourdes, avec cette paix perpétuelle, l’absence de guerre sur le continent européen, chose véridique mais qui traduit un manque de dynamisme et une cruelle absence d’idéologie capable de réunir. Un renouveau face au vide.

Le message subliminal de cette guerre mondiale à jamais mauvais souvenir, va nous revenir comme un boomerang, surtout à l’approche des festivités du 65ème anniversaire du débarquement allié en Normandie… Les villages normands de nouveau envahis de troufions en tenues camouflages, rasant les murs des bâtisses, en mâchant des chewing-gums estampillés gros durs en mode commando... charmant paysage... Une commémoration-reconstitution qui ne sera comme à son habitude, qu'une énorme propagande au service de généraux en manque de conflits, qui rêvent de voir des rues porter leurs noms, pour les remercier d'avoir tuer à grande échelle... le débarquement qui devrait être la plus grande manifestation anti-guerre, anti-violente, n'est qu'une romance, allégeance, hagiographie, de la chose militaire... Il n’est pas question de remettre en question la bravoure des pauvres obligés et engagés, qui ont péri ou survécu pour la libération du joug nazi, pas du tout. Mais pourquoi avons-nous ce réflexe, ce sale instinct de fêter la paix en exhibant nos armes… Toujours cette quête de la puissance du vainqueur…

Bref, après ce déni manifeste de démocratie qu’a été l’enfilade constitutionnelle, faudra t-il s’étonner que les électeurs préféreront profiter du soleil ou regarder la finale de Roland Garros ?

Jeu set et match...