jeudi 11 décembre 2008

SN (2)


Je ne voulais pas faire partie de la tuerie à grande échelle... J'en étais resté là, je crois. Je vais vous conter la suite de ce réveil ingrat.
J'avais téléphoné à ma mère, mais point de mot d'excuse, par contre une tête désespérée de celle qui m'a mis au monde le 11 février 1976. Je devinais son inquiétude. Elle savait que si l'épreuve des trois jours me comptait parmi les aptes au service national, j'étais capable de déserter ou de me retrouver au trou assez rapidement. Car oui ! Plutôt la punition que de marcher au pas, la tête rasée ! Avec un flingue sous le bras ! J'aimais pas les majorettes et leurs chorégraphies, alors les militaires et leurs aérobics cadencés...
La convocation pour les trois jours était faite dans les règles de l'art, je ne pouvais y couper.
Seul avantage, je loupais trois jours de lycée. Maigre consolation.
Je me levais, il faisait nuit. Un matin d'une heure avancée, je prenais tristement mon petit déjeuner. Ma mère s'attelait autour de moi, s'assurait que je n'oubliais rien. Elle me glissait des gâteaux dans mon sac. Je feintais de ne pas la surprendre.
Le démarrage du diesel de la voiture secouait le bourg du village encore endormi. On partait même plus tôt que les travailleurs de l'autre grande gourde de la Cogéma.
Direction Valognes et sa gare ferroviaire.
L'armée prévoyait les billets pour nous emmener dans son bourbier à képis.
J'en avais un.
Salope.
Le quai semblait aussi perdu que moi et mes idéaux pacifistes. J'allais me faire coincer par la sourde et muette. Un léger brouillard dansait en apesanteur, juste au dessus des rails et leurs gros cailloux.
Le contrôleur annonçait la traînée de wagons.
J'étais aussi anéanti que ma mère nerveuse. Ou l'inverse.
Il faisait froid, je rêvais encore de mon lit, et la nuit m'avait paru courte.
J'empoignais mon sac. Les roues du train grinçaient en choeur, transperçaient l'aube et mes tympans.
Les portes se décachetaient.
Un au revoir rapide et bref, sinon je faisais demi-tour.
Les portes se refermaient comme des brutes et mon enfance se claquait la gueule sur les vitres.
Un signe de main vers maman à qui les bidasses enlevaient son petit...
Je m'asseyais, circonspect, saut dans l'inconnu, ou justement non, pas vers l'inconnu. Vers les gros bras de la République au garde à vous.
Je pensais un instant m'arrêter à Carentan et fuir ! Déserter ! Bras d'honneur vers l'armée, sa mitraille et ses commandos en forêt ! J'irais courageux et déterminé, me réfugier je ne sais où, rejoindre les autres adeptes de la non violence, dans un maquis insoupçonné...
Et puis, cette idée était partie aussi vite qu'elle était venue.
J'imaginais plutôt le titre de La Presse de la Manche une semaine plus tard :"la gendarmerie arrête un réfractaire embourbé dans les marais du Cotentin...", avec pour point d'orgue un édito revanchard sur cette jeunesse qui fout le camp et plonge dans le désamour de la patrie...
Je commençais à me noyer dans les occupations préférées de l'armée, curer les chiottes, faire le baise main aux gradés en bottes cirées, saluer les couleurs comme un curé devant sa croix et son mégalo sadomasochiste dessus...
Quand.
Quand on me tapotait doucement sur l'épaule. Je regardais à ma droite, sur le siège d'à côté. Un mec me scrutait, sourire en façade. Sa tête me disait vaguement quelque chose, mais pas un souvenir impérissable au premier abord...
Régis.
Oui Régis.
Mon voisin de table en sixième !
La sixième ! La classe de sixième quatre !
Ouais, c'est bien ce que je pensais, pas impérissable le souvenir...
Régis était un gentil, un gars bon public, bonne trogne, bon en maths en particulier, et en tout en général. Mais pas très "fun", Régis, à l'image de son prénom... Humour et allure vieille France pour résumer.
Régis, un bon camarade en somme.
Par le plus grand des hasards, il se retrouvait convoqué les mêmes jours que moi ! Lui aussi, la grande paluche de l'armée l'avait choppé et mis son imposante carcasse dans ce wagon, qui déroulait vers l'abîme en treillis...
Premier arrêt à Lison, à peine trois quart d'heure après le départ.
Il faisait toujours aussi froid, sur les bords de cette gare fantôme, à mi-chemin entre Cherbourg et St lô et son île à Pierrot...
On remontait dans un autre train. Moi et Régis.
Le voyage passait plus vite. On se racontait les anecdotes de notre année collégienne commune.
Au cours de nos discussions je m'apercevais que mon camarade collégien, se réjouissait de partir jouer les troufions.
Ma sympathie déclinait.
S'il savait !
Mais je ne lui disais rien.
Je ne lui disais pas que dans ma poche résidait l'espoir, mon espoir ultime de passer à travers les barbelés d'une future garnison !
En effet, dans mon manteau, gardée comme une relique, une ordonnance de mon ophtalmologiste...
Eh oui ! Environ deux semaines avant mon départ, j'avais eu rendez-vous avec Mr L, ophtalmologiste de son état. Mr L est gai comme une porte de prison, son cabinet respire l'épouvante, et trouverait sa place dans Shinning de Kubrik. Son cabinet est à l'image de son propriétaire, triste, silencieux, ennuyeux, froid.
Mr L ne parle pas, il consulte.
Il examine ses patients sans contacts, sans épanchements, sans sentiments. Les patients entrent et sortent sans un mot qui ne s'extrait du contexte purement médical.
J'y étais allé au culot. Je n'avais rien à perdre.
Vogue la galère !
J'avais osé interrompre son petit manège, réglé au millimètre. Je lui avais parlé franchement entre mon siège et le panneau lettres noires sur fond blanc, à tailles décroissantes.
"Je m'excuse de vous demander ça, mais je ne veux pas faire mon service national, je veux continuer mes études, je ne veux pas perdre un an à faire le mariole en uniforme, pourriez-vous me faire un papier qui..."
J'avais osé lui dire ça.
J'avais lâché ça d'une traite, sans accroc, sans bafouiller.
Il m'avait regardé surpris, immobilisé dans sa cuisine traditionnelle.
Je craignais sa réaction, ça allait être cinglant !
Et bien non ! Un déçu de Mai 68 !
Contre toute attente, il me gribouillait en un tour de main trois phrases avec son cachet dessus. Il me confiait dans une parenthèse surréaliste, que lui aussi il avait tout fait pour ne pas se déguiser en guerrier. Il ajoutait en me tendant le précieux document :"si avec ça vous le faites, c'est à rien n'y comprendre !"
Aussitôt sa phrase terminée, il redevenait Mr L, austère, fermé, rattrapé par son quotidien minutieux, retenu, consciencieux, une joie de vivre à se jeter d'un pont, un parpin aux pieds...
Et me voilà, dans ce vieux train régional, traîné par une ancestrale locomotive Micheline rouge, assis sur un siège tape cul, armé d'un sésame insoupçonné... enfin je l'espérais insoupçonné !
Le trajet ne m'avait jamais paru aussi long, pourtant j'aime le train.
J'avais englouti la moitié de mes gâteaux.
On arrivait à Rennes.
Le plus pénible commençait.
Nous étions conviés à tous nous regrouper autour d'un stand affrété par l'armée. Je devais faire grise mine...
Des militaires nous accueillaient froidement, très froidement. Des gueules de jeunes gradés en mal d'autorité. L'armée avait déjà une sale tronche.
Salope.
On nous parquait dans ces fameux bus, laids à pleurer, d'une couleur bleue qu'aucun ciel n'oserait exhiber.
On était vite à la base de recrutement. Des hauts grillages tout autour de cet oasis immonde, pour obsédés de la gâchette. La démocratie avait tout d'un coup une autre allure, à t'écoeurer de voter ! On se mettait à la queue le leu, dans le hall où l'écho était roi. On nous matait comme la bleusaille qu'on était, encore accroché à nos sacs emplis d'adolescence. Mon adolescence sentait les godillots crasseux des caporal-sergent-chef tout près de son derrière.
On abandonnait nos sacs dans une salle.
Après une heure à décliner notre identité, on partait à la cantine...
Dégueulasse, immangeable, légumes façon dînette pour petites filles chieuses, viande en carton, dessert hideux, l'eau goût de sueur de vieux... L'armée culinaire ne s'embarrassait pas de stéréotypes...
Salope.
J'avais rien avalé ou si peu.
De toute façon, j'avais l'estomac noué depuis le lever du jour.
Fin de repas.
Je portais mon désespoir dans la cour intérieure de cet endroit de malheur. J'avais le ventre vide et avait becté à une table de fous furieux, contents d'être là, dans ce labyrinthe à belliqueux. Ils étaient autant motivés que moi désabusé...
Retour dans le hall où étaient accrochées des photos de militaires souriants, de beaux clichés de machines à massacre, des défilés aux couleurs vives, des jeunes hommes ravis, joyeux, la cocaïne dans le pif. Ce qui tranchait avec une partie des soldats qui circulaient autour de moi, abattus, fatigués, mornes, sombres, voire funèbres... Incontestablement, une différence se décelait entre le réel et les jolies photos de famille.
On se rangeait à nouveau en rang d'oignons.
On nous mettait dans une salle foutue comme une salle de cinéma. On allait nous projeter un film sur le service national et ses filiales possibles. Des documents étaient distribués à cet effet et présentaient les pièges : la marine et ses pompons à pétasses, l'armée de terre et John Rambo en écusson, l'armée de l'air pour faire des traits dans le ciel le 14 juillet, la gendarmerie et Cruchotland... Je m'en moquais, moi ce que je voulais c'était ni l'un, ni les autres.
Je voulais qu'on me fiche la paix.
J'aurais signé n'importe quel armistice.
Les lumières de la salle s'éteignaient.
On attendait sages comme des images.
Une demi heure.
Toujours rien.
Pas la moindre projection.
Trois quart d'heure.
Un gradé arrivait par la porte de gauche en même temps que l'éclairage. Il nous demandait si le film nous avait plu.
Plu ? !
J'aurais bien voulu l'envoyer promener lui, sa casquette verte et son court métrage subventionné par les ventes d'armes.
Mais on avait rien dit, on lui confiait.
Il se retenait de nous aboyer dessus parce qu'on avait rien dit. Mais il tenait bon. Fallait pas affoler les petits crétins de nouveaux devant lui, tellement ravis dans son ciné propagande.
Il nous résumait le truc en trois phrases, version voix off, tournait les talons, fureur aux bords des commissures. Il nous ordonnait de nous lever fissa.
Personne ne bronchait.
Le conditionnement devait commencer à opérer de manière subliminale.
Les tests écrits.
Chacun à sa place.
Moi devant ma copie, comme un con, à me demander si je devais faire le coup du débile ou me concentrer pour répondre dans le bon sens à leurs questions.
Je ne faisais ni l'un ni l'autre.
Je m'efforçais de répondre dans les franges de la "normalité". Je ne voulais pas me retrouver en unité psychiatrique, ni dans les élites de la tuerie d'une caserne triste.
Je scrutais autour de moi.
Public hétérogène.
Des à fond dedans, des hésitants, des comme moi perdus dans ce cloaque, des qu'ont l'air d'en baver sévère pour aligner trois mots...
La paperasse prenait fin, un militaire ramassait les copies doubles, serré dans son uniforme réglementaire. La maîtresse d'école avait une drôle de dégaine.
Tests physiques.
Les choses devenaient sérieuses. Surtout pour moi et mon ordonnance correctement pliée dans ma poche.
Mon trésor dans son coffre.
Tests urinaires.
La grande classe.
Tous dans la même pièce à pisser, à viser dans un bocal sans en mettre à côté, je n'avais aucun mal à le remplir. Mon angoisse étreinte perverse, se liquéfiait dans ma vessie complice. Les résultats étaient connus aussitôt, fallait glisser une pipette dedans. Je n'étais pas conforme ! Cela ne me surprenait guère, mon honorable urine avait cette couleur particulière, presque couleur eau, comme une petite commission après deux litres de bière.
Les oreilles.
Le casque sur la tête dans une petite cabine cette fois-ci ! Les militaires sont pudiques des lobs. Exercice réussi, je me doutais que je n'étais pas sourd. D'ailleurs, ils devraient nous examiner à la fin des douze mois, après avoir pris dans les esgourdes, les ordres bavés par les apôtres de la domination humiliante.
Clin d'oeil au clairon !
En parlant d'oeil...
C'était l'heure du passage devant les ophtalmos en Rangers. Le moment de gloire de mon sésame.
Je le présentais avant de commencer quoique ce soit.
Le mec me fixait avec surprise. Presque habité de compassion. Il se levait de son bureau en acier. Il parlait de mon cas à un autre qui lui montrait une porte plus loin. Il me disait de le suivre.
J'étais saisi par un curieux sentiment.
Décidément Mr L avait dû y aller fort, mais peut-être trop fort pour être vrai. On m'emmenait me faire étriper par le sergent-caporal-colonel des blouses blanches soldats...
Le mec m'ouvrait la porte, signe de tête de rentrer, une mimique peu rassurante.
J'étais là, planté comme un âne, devant un grand bureau de bois ciré et brillant. Derrière se trouvait le faciès fermé, les sourcils réglés sur mauvais jours, d'un bonhomme tout en prestance, qui lisait mon ordonnance comme un faux billet.
Je craignais le pire.
Long silence.
J'aurais pu faire trois tests urinaire d'affilé.
Il prenait un stylo, faisait glisser un tiroir.
Deux feuilles, une verte, une bleue.
Je lisais les entêtes.
La verte signifiait la nouvelle tant espérée, puisqu'en gros imprimé noir : EXEMPTE.
La bleue, elle, avait une sale trogne.
Il prenait... il prenait... il prenait la verte !
Surtout ne pas lui montrer ma joie...
Ma putain de joie ! De jouissance ! De bonheur ! Des caresses terribles m'emplissaient le corps et prenaient des accents de retour au pays ! J'aurais voulu crier ! Gueuler ! Hurler ! ! ! Lui brailler à la face ma félicité ! Mon euphorie ! ! ! Et finir mon rire par "dans le cul lulu !"
Mais pas un sourcil, je ne bougeais pas un sourcil...
Je restais stoïque, aussi stoïque que le maton à galons.
Le silence devenait intenable.
Il me tendait la feuille.
Il lâchait enfin un mot, il me lâchait plusieurs mots, des phrases ! Il me questionnait sur mes études à venir.
L'aubaine !
Je lui indiquait mon projet de fac d'histoire.
Évidemment, les clichés sont tenaces, il me posait des questions sur Napoléon. J'en connaissais un peu plus que l'ordinaire, je brossais dans le sens du poil l'empereur et sa main dans sa veste, toujours à la recherche de son portefeuille.
J'en rajoutais.
Mon interlocuteur se montrait un admirateur inconditionnel du couillon de Sainte-Hélène.
Je jouais sur sa corde patriotique et les régimes militaires.
Il me saluait !
J'étais libre !
Libre !
Libre !
Mon service national avait duré 4h30... ce qui doit constituer un record...
Le bonheur !
Je quittais la base sans perdre une seconde.
Je partais comme si une cohorte de Vikings me collaient aux basques.
Je loupais mon train à dix petites minutes prés.
Il me fallait une chambre d'hôtel.
J'avais juste le compte pour me payer un endroit pour pieuter. Ma mère avait en plus des gâteaux, faufilé de l'argent au cas où je ne sais quoi...
Elle avait bien fait, encore une fois...
J'avais 160 francs. Le lit coûtait 150. Il m'en restait 10 pour manger.
Il me subsistait un peu de monnaie au final.
Les propriétaires me fixaient bizarrement, pendant que je dévorais mon sandwich.
Et oui, le repas du midi avait été frugal...
Auparavant, j'avais consulté les horaires de train, je voulais le premier.
Je voulais raccourcir au maximum ma villégiature bretonne. Mon départ était pour 6h du matin.
Problème.
Pas de réveil.
Je demandais à la maîtresse des lieux de me secouer vers 5h du matin. Elle me disait pas de souci garçon, je te téléphonerais dans ta chambre à l'heure dite. Sauf que Madame, j'ai la mini chambre au mini prix, donc je n'ai pas de combiné sur ma table de nuit.
Sa réponse ?
D'emmerdes toi !
Je partais avec mes pièces m'acheter un journal. Le journal l'Equipe.
Toute la nuit, je lisais l'Equipe ! Je n'ai pas sauté un mot, un article, un sous-titre, une parenthèse, un terme en italique ! J'ai lu le quotidien dans toute sa largeur ! Seul but : ne pas m'endormir et m'échapper à l'heure.
Cette nuit là, j'ai découvert des sports...
J'étais dans le train à l'heure prévue.
Les cernes sous les yeux, mais en route vers la liberté.
J'avais lesté mon existence d'une année d'emmerdes, d'une année de conscrit à me muer en soldatesque.

mardi 2 décembre 2008

Rencontre,


Je marche sous le stress et les lampes à néon d'une de ces fameuses galeries marchandes. Les allées sont bondées, les repérages pour Noël nécessitent des missions groupées. C'est un joyeux bordel. Je viens juste de me renseigner dans un magasin de téléphonie, pas moins ni plus escroc que les autres. Peu importe la devanture, le vendeur est toujours obligé de nous trouver formidable pour avaler son SMIC.
Je me prépare à retrouver ma caisse deux portes quatre roues, coincée entre un 4X4 hideux, mastoc comme un tank, armé d'un pare buffle, au cas où une de ces bestioles viendrait à griller une priorité à droite sur le parking, coincée donc entre un 4X4 et une voiture "kitée" made in beaufland, en hommage à Sébastien Loeb.
Quand.
Quand un type m'alpague avec un sourire narquois et un signe de tête piégeur. Par politesse je lui rends. On ne s'est pas vu depuis un moment à la vue de sa mine teintée de souvenirs.
Merde il ne se contente pas de mon amabilité que je pensais être dans le tempo. Il se dirige vers moi, avec une face réjouie et inquiétante.
Je le devine, il arrive avec des bagages plein les poches. La discussion s'annonce gouffre sans fond, avant même le premier mot échangé.
Les civilités d'usage sont vite balayées.
Je sais que je ne vais pas m'en tirer avec le minimum syndical.
Effectivement dure déconvenue...
En moins de cinq minutes, je me retrouve attablé dans un café dont les sièges ne choqueraient pas dans la France giscardienne.
Il ne me loupe pas.
Il m'étale sa joie de vivre, avec ses grandes dents et sa tête bien coiffée. Nos routes s'étaient séparées et ce n'était pas un hasard.
Je morfle.
Son bonheur m'emmerde jusqu'aux bouts des doigts.
C'est long et cafardeux.
Il me sert un discours dénué totalement d'humour, de détachement, un flot d'emmerdements, des inepties à la queue le leu... Je me suis laissé bloquer royal dans ce décor laid, où les serveurs chemises blanches pantalons noirs, zigzaguent entre les tables, en se lançant les commandes.
"Un café serré, correctement serré, s'il vous plaît".
Je perds vite le fil de ses paroles. Mes yeux se noient dans l'aire de passage à une dizaine de mètres. Je choppe deux trois mots où je peux.
Je sais où il veut m'entraîner, les indices sont immondes et grossiers, je le laisse diriger, courir vers "le" sujet !
C'est parti, il me balance toute sa réussite sociale.
Plus exactement familiale.
Les gens de mon âge sont en général, très soporifiques et arrêtent de vivre après la première grossesse. Dans cette catégorie, il est chef d'équipe.
Il trépigne dans son bulldozer. Il a tracé sa route avec, il est réglé comme une horloge, poussé et lobotomisé par les comportements moutonniers.
Son existence se déroule, calée, parallèle, aux tranches d'âge de l'INSEE.
Pas de surprise.
Les plans de crédit prévus par son banquier s'alignent sur son décompte en fin de mois.
Évidemment il est marié. Il a une maison, une voiture assortie à la façade et proportionnelle au nombre de chambres. Des mômes ? Oui, deux. Un garçon, une fille, le choix du roi comme disent les astrologues du couple. "J'ai fait baptiser mes enfants, pour mes parents et ma famille, tu comprends..."
Non.
Je ne comprends pas.
Si tu l'as fait, ce fut pour toi, égoïste, ou alors t'es un hypocrite, ou un félon qui délègue sa croyance sur ses parents. Ou si effectivement tu l'as fait pour tes parents et ta mafia familiale, et bien tes parents et leurs cousins sont des cons. Des cons d'intolérants. Et toi un lâche. Qui plus est si tu es effectivement athée ou agnostique, ou croyant tiède, ou croyant selon les circonstances... Je ne comprends pas que personne, et toi en particulier, toi qui te confie à moi en plus, ne les renvoie dans leurs convenance de pacotille. Je ne comprends pas que contre ta volonté, à ce que tu me dégobilles, tu aies laissé faire les curés marchands de mort, commerciaux du paradis sous conditions, de leur PDG qui a abandonné, malgré ses pouvoirs sur tout, son prétendu fils, se faire clouter comme une réclame pour du shampoing en centre ville. Les religions sont bien les pionnières en matière de campagne publicitaire. Vous pouvez ranger vos crayons de couleurs Seguela, Beigbeder et les autres...
Donc tu as laissé l'eau bénite des ensoutanés coincés du préservatif, éclabousser tes gosses et réduire tes convictions à la bonne conscience familiale. Et je parie que tu vas me jouer l'indigné de service, quand l'Etat français fera allégeance au roi catholique, icône de la masturbation sous cloître.
Il ne me laisse pas en placer une.
Il me décrit sa pelouse tondue et verte, et les petites allées qui la traversent.
Sa famille est le modèle parfait pour un spot télé pour Central Parc et ses tours de vélo sous chapiteaux de verre.
Tout ce qui le rassure me plombe.
Tout ce qui l'enchante me fout le cafard.
Je m'en veux parfois d'être bourré d'autant d'incertitudes, de ne pas me satisfaire, ni de m'épanouir dans la "normalité", sujet à l'éternelle angoisse, position étouffante par moment, mais des piqûres de rappel comme celle-ci, me remet face à ma peur du tout tracé, ma frousse du caddie comme principale sortie du weekend, ma crainte de la descendance dans les pattes, les routes fléchées, les codes respectés, les attitudes contextualisées et périodiques.
Plus je le toise, plus je me dis qu'il n'y a pas plus chiant que l'adulte, surtout l'adulte anticipé qui parle pour se rassurer.
Souvent je me questionne sur ma capacité à me fondre dans le moule les orteils bien rangés, ma non attirance ou du moins mon indifférence pour les enfants, la descendance, la reproduction obligée, chantées par les institutions, balisées par les hormones, les allocations familiales et l'instinct maternel. Mais en entendant mon interlocuteur, je me demande si ce n'est pas eux qui mentent sur leur bonheur en carton, quand je vois la tête des mauvais jours qu'ils font aux culs de leurs landaux, comme pour se persuader qu'ils n'ont pas fait de connerie. Je me demande si ce n'est pas eux les plus anormaux, les plus anormaux à se satisfaire de cette existence droguée au planning...
En attendant, je me bouffe de la neurasthénie à grandes rasades quotidiennes. Mais je préfère...
De toute façon, je ne m'engage pas dans le débat, je lui laisse me déballer son conte de fée en forme de couches culottes souillées, de nuits écourtées, de crédits consommation...
Et il me parle, il radote même.
J'acquiesce, ça lui fait plaisir apparemment.
Et autant que la piqûre de rappel soit à haute dose.
Malgré ma bonne volonté, mon costume de scène doit tomber en lambeaux, et malheureusement tout ce qui a l'air de lui plaire, me parait inutile, futile, inintéressant, rébarbatif, balivernes, traditions pièges à cons, coutumes régnantes, assommantes... Et inversement, mais là je me tais, mes attirances ne devraient pas rencontrer un grand succès auprès de l'énergumène en face de moi.
Alors inévitablement, je m'extrais automatiquement de toutes ces déclarations cafardeuses, j'écarte l'épaisse fumée noire, ses paroles deviennent bruit de fond, un coin de ciel bleu s'offre à moi, je recherche la pensée oasis, la fleur au bout du chemin, la plage déserte, un feu de camp face au soleil couchant...
Je parie qu'il parle de politique avec le même ton arrogant, qui ne laisse pas la plus petite des places à l'opposition, toujours persuadé d'avoir raison, certitude de la trajectoire rectiligne, augmentée du "bon sens". "La route est droite mais la pente est raide", comme disait Raffarin le Quasimodo de droite... la pente n'est pas le problème ducon, le souci c'est comment on la monte, à pied sous la pluie ou en voiture avec chauffeur....
J'espère qu'il ne va pas m'éructer qu'il est chasseur ! Il ne manquerait plus que ça ! Qu'il me clame son appartenance au CPNT (chasse, pêche, nature, bobonne passe moi les oignons), et qu'il arpente les chasses, les champs en bottes caoutchouc, déguisé en Rambo mode pâté de campagne, équipé comme un commando, prêt à flinguer, les yeux exorbités derrière les buissons. Avec pour rêve, un jour, d'emmener son fils pour son premier coup de fusil, cérémonie initiatique d'ivrognes assoiffés d'hémoglobine et déséquilibrés de la gâchette...
Je mets mes un euro et des brouettes pour mon café, dans la petite soucoupe bleue, avant qu'il ne m'avoue son amour pour Le Pen et ses idées nauséabondes.
Ma patience et ma prise de risque ont des limites.

mardi 25 novembre 2008

SN,


Les rues piétonnes rayonnent de leurs vitrines souriantes. Les badauds égarent leurs yeux sur les devantures aguicheuses et désireuses de conquérir des portes monnaies.
Je marche, j'évite, je courbe mes trajectoires. Devant les parapluies de Cherbourg, des touristes sont littéralement en extase. Ils se prennent en photo, dignes comme des visiteurs chinois sur la place Notre Dame de Paris.
Je croise des couleurs, des gens rient, se chahutent. Des amoureux de tout âge se prennent la main, comme au premier jour où leurs doigts se sont effleurés. Des adolescents, la voix détruite par la mue et les boutons d'acné ergotent contre les devoirs, les profs pas sympas et pinailleurs, l'emploi du temps trop dur... Les terrasses de café sont timidement accostées, la fumée des petits noirs s'échappent dans l'atmosphère rafraîchie de cette matinée. Les goélands et les pigeons se disputent quelques miettes, tombées d'une baguette encore chaude et croustillante.
Je regarde, je fixe, j'admire.
Je tombe soudainement sur trois militaires.
Le décor devient moins anodin, moins gai.
Les trois grands machins raides comme des i, marchent en cadence, une deux trois quatre... une deux trois quatre... Leurs uniformes sont repassés, impeccables, leurs médailles en toc exposées. Les bérets sont régulièrement et réglementairement inclinés. Je me répète que je ne comprendrais jamais ce prestige de l 'uniforme ! A l'instant où je pense ceci, deux connasses se trémoussent, gloussent devant les carrures domptées à faire la guerre. Je parie que ça aurait été des marins, elles se seraient empressées de tâter du pompon...
Je ne m'y ferais jamais à l'armée. D'ailleurs, ça me chatouille dans la case à souvenirs...
"Moi qui m'étais levé de bonne humeur. Un samedi matin je crois. Le soleil était radieux et réchauffait cette matinée de décembre, froide et sèche comme je les aime, un goût de brouillard dans l'atmosphère. Les oiseaux s'ébattaient depuis la première lueur du jour, ils battaient joyeusement leurs ailes agiles. Je regardais par la fenêtre de la cuisine, vers la rivière scintillante qui s'écoulait paisiblement à l'ombre et à l'abri des arbres.
J'étais bien.
Je me préparais à engloutir un bon petit déjeuner, un chocolat chaud et sa jolie petite fumée au dessus, les tartines de pain frais...
Et puis, je ne sais pourquoi, je me persuadais, quel con, parti dans un élan gaillard, d'aller voir si le facteur, sa longue casquette, sa voiture jaune, avait déposé du courrier. Celui-ci se bornerait selon mes prévisions innocentes, à une lettre d'une amie pour ma mère, une facture peu importe laquelle, et calée entre les précédentes une de ces immondes publicités.
J'ouvrais la porte, le soleil me faisait plisser les yeux. Je longeais le petit trottoir sur ma gauche, je me trouvais rapidement en face des trois petites marches qui servaient autre fois à monter sur les chevaux, sur lesquelles se trouvait avec son petit toit rouge, la boîte aux lettres.
J'enfilais ma main dans la petite porte, en faisant attention de pas m'abîmer le poignet sur le rebord de tôle et saisissais son contenu.
Immédiatement je voyais un sigle : SN, agressif, en ne regardant pas à quel nom il était adressé. J'essayais de deviner ce que pouvaient signifier ces deux membres de l'alphabet mis bout à bout.
J'imaginais tout et n'importe quoi, "Service de Nettoyage", la nouvelle entreprise du coin ; un jeu concours au doux nom de "Super Nouvelle", avec un tirage au sort avec promesse d'une cagnotte à plusieurs zéros, ci joint la liste des précédents gagnants, des noms bien ronds, bien communs, pour faire peuple.
Et puis. Et puis, il a bien fallu ! Il a bien fallu que je baisse les yeux, et que je vois, non sans surprise, que mon nom et prénom figuraient en lieu et place d'adresse !
Alors là, jaillirent d'autres hypothèse, était-ce une proposition de crédit spécial jeune pour acheter une voiture, une vente de disque par correspondance... des trucs anodins, normaux, chiants au pire....
Je rentrais, je prenais un couteau pour décacheter ce mystérieux courrier. Pendant que le lait frémissait dans la casserole, d'un geste alerte, franc, j'ouvrais, ne me doutant de rien, ne prévoyant pas le piège ingrat et terrible, certain que ce papier irait finir sa course dans la poubelle entre le pot de yaourt et la brique de lait.
La détresse.
Cet envoi avait pour expéditeur le ministère de la Défense et sa prostituée : l'armée ! ! !
L'armée ! Putain ! L'armée ! Et son Service National ! SN !
Je l'avais bien oublié celui là ! J'avais bien fait le recensement officiel, en mairie, mais de là à recevoir ce torchon, il y avait du temps que je pensais long, très long, immensément long, jusqu'à l'oubli peut-être, avec un peu de chance...
L'armée ! L'armée ! L'armée ! Ce mot me revenait comme un marteau piqueur !
Je figurais bien dans ses fichiers manuscrits et informatiques, mon identité ne s'était pas perdue dans les paperasses gigantesques, au détours d'une mauvaise manipulation administrative. Mon dossier n'avait pas fini sur une étagère poussiéreuse, entre une commande d'armes et le nombre de victimes, d'une dictature africaine financée par l'Etat français, pour le bonheur de ses fabricants de munitions barbares.
L'armée ! Je n'en revenais pas !
Je n'osais lire la suite.
Je restais à scruter, un coup à gauche où s'inscrivait clairement le nom de la base militaire, cette connasse, un coup à droite, les yeux écarquilles sur mon nom et mon prénom qui n'avaient pas demandé à être là, tout bêtes de se retrouver dactylographier sur cette feuille laide.
Le régiment, ce mot est déjà effrayant ! On y lit le mot régime et ses bagages : restrictions, privations, personnalité passée à la moulinette, cantine dégueulasse, sous-chefs en manque d'autorité...
Dans régiment, il y a "ment" comme mentir, mensonge, m'enfous de ton avis, m'enfouterais de ton pacifisme...
Et moi ! Et moi qui me moquais il n'y a pas si longtemps, des pauvres gars qui y partaient, résignés, je ricanais de voir leurs tronches tondues.
Je ricanais en leur assurant que lorsque viendrait mon tour, ce serait fini, ce serait rangé au rayon des mauvais souvenirs, un truc tout moche, anachronique, une pièce d'identité devant laquelle des braillards médaillés se prosterneraient larme à l'oeil devant un temps révolu, où la bleusaille servait de faire valoir à leur narcissisme d'égout.
J'éteignais le gaz sous le lait, les tartines attendraient, l'appétit s'était barré, penaud...
Je lisais enfin le contenu du message, l'estomac noué, il m'annonçait l'épreuve des trois jours, institution française qui consiste en des examens, déterminants ou non, si chaque citoyen est apte à servir la France, à récurer les chiottes, menton relevé, patrie en blason, dans ses rangs de chair à canon...
ô pauvre de moi ! Je venais de me réveiller, de sortir de sous ma couverture encore chaude, et pourtant ce cauchemar sous enveloppe...
Moi antimilitariste de la première heure, moi que les armes et sa cousine la violence dégoûtent !
J'étais pris dans la toile du ministère de la guerre et de ses furieux !
Je pensais être à l'abri de cette ineptie humaine : l'apprentissage à tuer.
Je lisais plusieurs fois.
Même vision d'horreur.
Je me voyais propulser une claque dans le dos, des gâteaux secs dans les poches, au rang de troufion, coiffé d'un stupide couvre chef, comme un bonnet d'âne, déguisé en vert kaki pour pouvoir se rouler dans l'herbe, sans être vu par le crétin d'en face, le crève la peau sous le bras...
Après l'opération ficelée, le garde à vous obligatoire face au supérieur ravi du bétail, les godasses cirées, face au drapeau et ses couleurs au vent...
Je voyais d'ici la photo.
Celle qui se trouve dans tous les albums de famille. Celle que l'on exhibe comme un trophée, devant les invités autour d'un café, fièrement, heureux de voir, d'admirer "notre garçon", devenu un homme avec son permis de chasse. Après on s'étonne des guerres et on chiale devant les images du 20H au moment du dessert...
Et bien je préfère avertir tout le monde vous pouvez toujours ramper pour m'afficher !
Eh non ! Non ! Non ! Je ne voulais pas passer par là. Je ne voulais pas être souillé par cette grande gourde, sourde et muette, qui défile dans ses chars, fait des zigzags avec ses n'avions hors de prix, montre les dents avec ses troupes vendues comme des héros auprès des petits garçons ou aux adolescents en difficulté scolaire sur les places de marché...
Je ne voulais pas être cloué, coincé entre quatre murs, dans leurs bases secrètes ou non, stratégiques ou non, à jouer à la gueguerre parmi les amateurs de jeux débiles.
Personne ne mérite cette humiliation.
Au secours maman !
D'ailleurs je lui ai téléphoné à ma mère, aussitôt, comme si elle allait me dire "t'inquiètes pas t'iras pas je te ferais un mot..."
Ouais ouais, je sais appeler sa mère, je vois d'ici votre mine moqueuse, mais c'est certainement moins con, que de dire "oui sergent colonel machin chose" toute la journée...
Et puis fallait me comprendre, en une matinée, j'avais pris un sacré coup de vieux. Convoqué par l'armée, ça repoussait un peu plus loin encore mon enfance, encore, toujours..."
Je ne voulais pas et ne veux toujours pas devenir un maillon de la tuerie à grande échelle.

Quelques nouvelles du monde socialiste...


Une cour de récréation fait la une de l'actualité : l'élection du Premier secrétaire du Parti Socialiste. Les pires ingrédients du monde politique et ses aspects ne nous sont pas épargnés. Nous, pauvre foule de cons à croire à l'alternative. Amour, trahisons, manoeuvres, accusations, indignations, sont le lot quotidien de la fanfaronnade socialiste. Le premier tour avec ses candidatures bon ton, s'était plutôt bien déroulé, dans les règles du jeu traditionnel de toute course à l 'électorat. Ensuite, la nature humaine et ses tristes habitudes ont repris le dessus. Il s'est alors joué une belle foire de coups bas, de massacres à petite phrases, des "je suis plus à gauche que la gauche de ma voisine qui n'est pas vraiment de gauche, enfin la vieille gauche, celle qui se dit à gauche..." Charabia de haut niveau, querelle de jeu de marelle... Ces conflits idéologiques par le bout de la lorgnette, se sont accompagnés d'une nullité terrifiante en calcul de voix... Des problèmes arithmétiques dans certaines régions de France, dans certains bureaux socialistes se sont invités à la débâcle. L'égalité devant l'éducation et la base des mathématiques est une idée lointaine... Une de plus.
L'opposition de notre beau pays et sa crise économique, oeuvre de mauvais calculateurs (encore !), sombre dans le ridicule. L'opposition, si l'on considère les tenants de la rose comme seuls détenteurs de la force opposante, a une drôle de trogne. Elle a même une sale tronche. Hollande, l'autre pays du fromage, doit se satisfaire de quitter la présidence de ce joyeux merdier.
La rose n'a plus que des épines, l'eau du vase est dégueulasse, et elle n'a pas l'ombre, l'once d'un programme, à faire bander les cartes électorales. La rose n'a plus d'idées, elle ne pense juste qu'à se mettre sur les pétales, l'imbécile arrogante. Le PS est loin de faire rêver les foules ou même de faire lever d'enthousiasme la moindre salle communale, et il n'est pas loin le temps où il ne sera qu'un repoussoir, une machine réellement rouillée, coincé dans le paradoxe de ces idéaux, vautré dans le souvenir glorieux d'un Mitterrand aux dents longues.
Grâce au génie malveillant de ses dirigeants crétinisés par la soif d'écraser son prochain, la rose du PS a la dégaine d'une pute OGM à mille lieux du SMIC. La rose, emblème de l'espoir des masses populaires, a la tige trônant sur un tas de fumier, dans lequel la guerre des chefs ressemble à une embrouille de village.
Le PS est devenu un cloaque d'ennuis, de motions, de synthèses, de fades figures dopées à la conquête du pouvoir. Le PS est devenu la meilleure rampe de lancement, pour la prochaine seconde victoire de Sarkozy, ses goûts de riche, son immigration choisie, et son mépris pour tout ce qui n'est pas lui.
En attendant, où vont se loger l'espoir, l'attente, les convictions sincères des partisans ou sympathisants de gauche ? !
Une partie va voter quand même, par défaut, pour une ou un baron socialiste, poussé par ses camarades pour se prendre la claque, la déculottée publique de 2012. Une autre va porter son bulletin à l'intention du facteur et sa bonhomie prolétarienne sur le porte bagage de son vélo. Une autre vers la fille du borgne et son bras droit levé, comme une révérence à l'horreur qu'il promet. Le Parti Communiste ne vend plus que du muguet. Et le reste, le pire de tout ça, va venir gonfler les rangs silencieux des abstentionnistes déçus de tout et envie de rien.
Le désintérêt pour la démocratie, si durement acquise et chèrement mise en place, est en ordre de marche.
La déconfiture annoncée de la gauche socialiste promulgue le succès d'une droite décomplexée et dénuée d'opposants, et qui gagnera les urnes, sur une autoroute dégagée et sans péage.
Où est ma carte d'électeur ?

mercredi 12 novembre 2008

Quelques nouvelles du monde

Ma plume divague et ne sait pas trop quel sujet égratigner, ou du moins mettre en évidence...
Une mode est en train (vous comprendrez en lisant la suite qu'il s'agit là d'un jeu de mot subtil) de naître, ces derniers jours.
Les chemins de fer français seraient la proie d'actions que les journalistes se sont empressés de qualifier d'actes terroristes ! Le sujet est lancé par les fauves. Tout de suite ils trépignent d'alimenter la peur dans la foule, ça fait vendre du papier et du reportage. Ils diffusent une des pires peur dans sa forme et dans son fond : la violence terroriste.
L'élection suprême américaine s'est terminée. Il faut trouver des sujets pour occuper le populo et le détourner de la crise financière, dans laquelle nous ont mis les flingués du chiffre. Évidemment, il devient inquiétant de prendre son billet en se demandant, si un cinglé notoire aura eu la gentillesse de déposer une plaque de béton, une armoire normande, une cuvette WC entre les deux rails ! Ou aura t-il décidé de s'entraîner au ball-trap sur les installations électriques premiers cris de la SNCF ? !
Il n'y a pas si longtemps, un spécialiste s'était inventé un groupe de justiciers masqués, pourfendeur des radars automatiques. Sa cause était noble : pouvoir rouler comme un nase sans se faire attraper par les méchants képis, et s'affranchir de la sécurité routière et ses bonnes manières ! Ce n'est pas grave pour les pauvres cons de prudents, piétons ou conducteurs, qui finiront en fauteuil roulant ! Il voulait rouler sur les routes de France, comme les drogués du Paris-Dakar. D'ailleurs, cette "charmante" épreuve, fatiguée des crèves la faim africains, traînera lors de sa prochaine édition, ses gros pneus et son logo Total nauséabond, sur les paysages argentins. S'ils pouvaient au moins nous rendre service en roulant sur les bottes de Pagny...
Bref, revenons à nos moutons, avec de tels groupuscules, comme celui des "anti-radars", on peut penser que les doux dingues qui sèment leurs vieux meubles sur les voies ferrées, sont peut-être des révoltés contre les sandwichs sous vide SNCF...
Ou peut-être, et là ils obtiendraient un minimum de soutien moral, l'Elysée recevra bientôt un document officiel de revendications, en double exemplaire, qui menace de continuer, tant que les disques de Carla Bruni seront en vente et sur les ondes.
Des pistes ont même mené certains, à porter leurs soupçons sur les cheminots eux-mêmes ! Une rumeur dont l'origine reste inconnue, mais qui donne du grain à moudre et de l'espoir aux ennemis irréductibles du service public.
Au moment où j'écris ces quelques lignes, la télévision nous apprend que les policiers dans le cadre de cette enquête, ont interpellé une dizaine de personnes. Ces dernières seraient proches des mouvements anarchistes. L'anarchie pense vraiment que de faire dérailler un train va faire trembler les institutions ? ! Continuez dans vos bacs à sable...
Une autre affaire occupe d'un coup l'espace public, les commémorations et un rapport les concernant.
Il y aurait trop de cérémonies du souvenir.
Que la question se pose, pourquoi pas. Les temps s'y prêtent, puisque l'Europe fête la fin de la Première Guerre mondiale.
La Première Guerre mondiale, la "der des ders" comme disaient les utopistes début XXème siècles. Non seulement, la "der des ders" dura quatre longues années et aura une petite soeur, engendrée en partie par un mégalomaniaque teuton, à petite moustache en poils de brosse à chiottes. Mais, la "der des ders" gratifiera l'humanité de son lot de gueules cassées, de victimes, de gaz moutarde, de tranchés puantes, d'orteils nus... Je devine votre moue interrogative ! Les orteils nus sont les malheureux, qui faute de ne plus supporter leur statut de chair à canon, se suicidaient, au moyen de leur fusil. Ces fusils étaient trop longs pour pouvoir à la fois appuyer sur la gâchette et se viser la tête. Alors les soldats se déchaussaient et se servaient de leurs orteils pour activer la détente... Bref, les lots d'horreurs que la guerre apportent sur un plateau d'ignominies, s'augmentent de petites gâteries comme celles-ci...
Bon, fin de la parenthèse, fin du quota culturel de mon modeste écrit. Donc, les commémorations seraient trop nombreuses au goût de certains. Les français s'y perdraient, n'y feraient plus attention, et ne s'investiraient plus autant qu'il le faudrait, du fait de la multiplication des couronnes à fleurs et mines grises.
On nous prend pour des cons, ce qui n'est pas nouveau, mais aussi ouvertement, c'est assez rare pour le souligner. Il y aurait 11 ou 12 dates à retenir, sur un total tenez vous bien, de 365 jours... Pour des idiots, je vous dis, on nous prend pour une flopée d'idiots congénitaux...
La vague de communication dont bénéficie cette histoire, cache mal le gros fil blanc, tissé par les plus hautes autorités pour, encore une fois, amuser la galerie avec de la poudre aux yeux. Quoi de plus facile de chatouiller la fibre patriotique, pour occuper la masse susceptible. Un écran de fumée devant la déconfiture de la politique spectacle, de notre cher et petit maître d'oeuvre, qui angoisse à l'idée de ne pas retrouver son fauteuil. Son éventuelle défaite consisterait à coup sûr, une nouvelle journée commémorative...
En attendant, une course à la commémoration va s'engager ! Une Star'Ac de l'événementiel tristounet, va se jouer sous nos yeux. Messieurs dames, à vos téléphones ! Tapez 1 pour le 8 mai, tapez 2 pour le 11 novembre, tapez 3 pour le 14 juillet ... ! Chaque semaine un éliminé ! La course est lancée dans ce monde qui vit de concurrence et d'eau fraîche. La commémoration à la plus belle affiche, au plus beau CV peut l'emporter : époque, nombre de victimes, victimes soldats, victimes innocentes, moyens mis en oeuvre pour le massacre, figure du méchant diabolique...
Le bal est ouvert.

dimanche 9 novembre 2008

le marcheur, en direct du train

Le train s'enfonce dans l'air, poussé par une mécanique qui m'échappera toujours. Ma culture mécanique se limite au proche du rien. Il semble glisser juste au dessus des champs marécageux, les rivières et les cours d'eau ont quitté leurs lits, les arbres amoureux de l'automne nous offrent leurs plus beaux manteaux. Les branches rivalisent de goût quant aux couleurs dont ils habillent leurs feuilles, se préparant à la chute. La drague printanière auprès des cimes est bien loin.
Mes condisciples sont variés. Le wagon propose un panel. En face de moi, se trouve, une femme, la quarantaine dans sa splendeur, traits légèrement tirés par une journée de travail visiblement harassante. Elle a l'allure d'une secrétaire type sérieuse en tout point, pas de bruit, les classeurs sont rangés au dessus des dossiers en cours. Le téléphone multitouches à portée de main. Son style vestimentaire oscille entre coloré et sévérité, les deux se rappellent, se croisent, à tour de rôle.
Elle est sobre.
Un côté Ségolène Royal coincée dans ses tailleurs femme fatale, pour électorat prolo vieillissant et indécis. D'ailleurs, les socialistes et leur jolie rose se sont réunis pour tenter d'élire leur grand chef. Hasard du calendrier, leur petit jeu à bulletin secret, arrive juste après le triomphe de Barrack Obama. La comparaison est rude. Succéder à l'avènement d'un homme sorti d'une brillante campagne, plutôt beau mec, élégant, doué et captivant dans l'exercice périlleux du discours, imposant, grand... Oui grand. C'est vrai ça très grand... Elle va être sympa la prochaine photo officielle entre le dandy noir américain et notre Président de la République ratatiné sur ses talonnettes et ses tics nerveux...
Bref, les socialistes jouaient à la gueguerre des clans, pour savoir qui aurait le droit de torpiller les autres, pour se dégager les urnes vers 2012 et le prochain combat, avec le roi du "casse toi pauv'con". Le sacre du nouveau patron du PS, proposait une palette de candidats passionnants : une perdante enfermée dans sa "droititude" religieuse, un maire colérique et trop sûr de lui, une ch'ti qui a presque la tête de Dany Boon, et enfin un Hamon, non pas Marcel, qui sort de nulle part, et qui se présente comme l'aile gauche du parti... le PS ne serait pas à gauche alors ? !
Je reviens sur la dame. Enfin mes yeux et mes mots reviennent sur la dame.
Son nez est pointu, des lunettes à montures vieillottes, sorties tout droit du feuilleton policier Derrick et ses couleurs verdâtres-grises. Derrick ? Vous savez le détective à imperméable le plus lent du monde. La seule scène d'action, c'est le générique de fin. Le seul mérite de l'inspecteur et de faire digérer les frites saucisses du midi.
Entre Caen et Bayeux, les arrêts fantomatiques se suivent et se ressemblent. Les villages desservis méritent que je taise leurs noms. Le rail leur accorde une escale sur le dos de la rentabilité, c'est déjà beau... Comme pour leur faire goûter la joie d'une gloire révolue, époque où l'aventure de la locomotive faisait réellement office de service public.
Les anciennes usines, montées parfois de ces célèbres briques rouges comme dans certaines régions anglaises, défigurent le maigre faciès de ces bourgades échouées en même temps que leur déchus poumons économiques. Ces usines sont restées là, battues par les années, laissées là sans commandant de bord, les employés à la mer, vieilles carcasses idiotes, la gueule béante, défoncée, rouillée.
Des halos locaux en lambeaux.
Une zone artisanale tchéchène.
De belles promesses politiques ont dû se vautrer dans ses ruines.
Des étudiants pur grain se sont éparpillés autour de moi. J'ai dû tomber sur un essaim de premiers de la classe. La tête et les yeux exorbités sur leurs bouquins, véritables pavés. Des cours format annuaire. Mon carnet où je zigzague avec mon stylo encre noire, a l'air minuscule, proie facile parmi les fauves.
Pour résumer, il a l'air con et moi avec.
J'ai tout l'air d'une gamine et son journal intime...
Ils doivent se foutre de ma dégaine, dans leurs têtes intelligentes.
Celui qui a remplacé la secrétaire modèle déposé, a une face de gendre parfait, pull laine angora, le col de chemise bleu UMP, impeccablement repassé, au pli prés, ça lui épouse le cou. Pas un cheveux de sa tignasse ne se fait la malle, aussi bien repassée que sa chemise de futur directeur des ressources humaines. Je parie ses godillots "urbains" brillamment cirés... Gagné ! Mes pieds se reflètent dans son cirage marron. Ce jeune garçon pourrait servir de prototype, pour arpenter et gonfler les rangées trop bondées des JMJ.
Je passe Valognes et la gare "secrète", visible de partout. Celle de la gourde Cogéma. Du grillage, des cascades de barbelé, des caméras certainement, entourent les convois nauséabonds appartenant à Areva et son énergie opaque.
On trace.
Les champs se succèdent, les haies se sautent et se dessinent, les vaches ruminent en remuant la queue, en scrutant comme une habitude, la traînée de wagons qui traverse leur domicile, dans un vacarme tout humain.

jeudi 6 novembre 2008

le marcheur, et l'inconnu


Je me promène, silhouette parmi les silhouettes, j'arpente les trottoirs, badaud comme les autres, je m'arrête au petit bonhomme rouge, je marche au petit bonhomme vert.
Mes pas se succèdent, ombres sous le soleil d'après midi. Je me contente de ne penser qu'au moment présent, qu'à l'absolu, qu'au mètre qui me précède, mes poings jouent à cache-cache dans le fond des poches de ma veste.
Mon regard toise sans se soucier. Mes yeux inconscients vont dans toutes les directions, se perdent dans les jupes et les visages, ou l'inverse. Je m'attarde sur l'anodin fourmillant, sur les murs de Cherbourg et son passé transatlantique. J'avale les quotidiens, les rues aux noms historiques. J'arrive au boulevard où s'énervent les voitures et leurs fumées dégueulasses. L'un des conducteurs, vitres grandes ouvertes, prend sa caisse hideuse pour une boîte de nuit, des enceintes surpuissantes crachent un tempo imbécile. Certaines filles lui adressent un sourire admiratif... J'en suis consterné.
Il fait beau, coup de chance sous cet été chagrin. L'air me réchauffe, il parvient à se faufiler sous mon pullover de travers. Je passe devant un bac à fleurs mué en banc de fortune, entre deux rêveries, mon regard se dirige instinctivement vers un gars, un pauvre gars, le pauvre gars assis dessus. Mes yeux se bloquent sur lui, à peine le temps de tourner sur ma droite, et de continuer mes pérégrinations.
La pause était finie.
Mon insouciance passagère n'était qu'un leurre, cette conne ne s'était pas assez méfiée. Elle dégringole en flèche, comme une courbe de graphique qui plonge dans le bas de la feuille, et frôle l'axe des abscisses.
Elle s'écrase la gueule.
Tout en bas.
Cet homme je ne l'ai vu que deux trois secondes.
Sa pauvreté m'a bien sauté à la gorge, son mauvais blouson sous lequel on devine qu'il ne fait pas chaud douillet la nuit tombée, son froc crado, oui crado, de la terre, de la boue, de la merde, de la poussière, du pas net, du sale qui ne donne pas envie de s'approcher et de taper la discute.
Ses cheveux sont abîmés, plaqués les uns aux autres, partent dans tous les sens, des petits tremplins vers la gauche, vers la droite. Il a les traits tirés de quelqu'un qui n'a plus croisé de lit depuis belle lurette. Des valises, des crevasses lui zigzaguent sur tout le faciès. Il est mal rasé, pour tout dire il a une barbe pouilleuse.
Il pue.
Il marmonne sans y faire attention. Un truc inintelligible, une marmelade de sons, un discours sans queue ni tête, il dialogue avec lui même, homme triste qui dévale l'avenue et ses jolies pancartes annonçant les soldes.
Il a perdu les pédales, il prêche, il jure, il prie, il abjure, il insulte, il maudit, que sais-je encore. En tout cas il n'est plus là, l'alcool lui offre un univers à lui.
Le monde lui coule entre les doigts.
Je m'en veux, je nous en veux, d'être doués de "Raison", et de laisser courrir cet état de fait, cette misérable habitude, cette nébuleuse infecte, cette injuste porcherie, ce mépris absolu : la pauvreté.
J'ai envie, comme beaucoup d'autres, malheureusement pas "le nombre", de me retourner, de gueuler si tout le monde trouve ça normal ? ! Si tout le monde arrive à se regarder dans le miroir ? Si tout le monde s'en fout ? Si tout ce monde n'est qu'un ramassis d'égoïstes, qui ne pense seulement qu'aux nouvelles binocles de Zidane, aux histoires de cul de Manaudou, au nudisme estival des présentatrices télé...
Je pense tout ça, tout bas, très vite, mais la rue fait comme moi, elle poursuit sa coquette existence malgré le dénuement si proche, on geindra tous ensemble devant le reportage du 20h...
Pauvreté. Pauvre. Qualificatifs qui font peur.
La pauvreté et son lot absurde : l'exclusion.
Une exclusion tolérée, amoindrie par la main tendue de ce SDF abruti par sa vinasse de supérette, qui ne voit que des pieds défiler devant ses joues creuses.
On a du mal à se rendre compte, ou plutôt on oublie, on évite de se rendre compte, la peur au ventre de se prendre en pleine face la réalité.
Ne rien avoir. Rien. Seulement de la misère et des ongles noirs à vendre. Terminé ! Le bas de l'échelle est atteint... quand on pense que certains ont droit à l'escalator...mais pour monter eux...
Plus rien.
Et la société, dans son large ensemble, s'en moque de toutes ces larmes, elle trace, elle jette ici ou là, quelques restes. Elle pense à lui, à ce pauvre gars, l'hiver, entre la bûche, le jour de l'an et les vacances au ski. Pour ceux qui restent chez eux, elle les rassure, elle diffuse et commercialise "la soirée des Enfoirés", pour renflouer les caisses des "Restos du coeur", louable institution je n'en doute pas. Mais celle-ci est devenue, certainement contre son gré, instrumentalisée, par les pouvoirs politiques, qui à force de se réjouir d'une telle solidarité, délaissent le terrain... et allouent des crédits pour des militaires en mal de combat. Et puis, les "stars" dans le vent, deviennent forcément "stars compatissantes", comment ne pas croire à une promo déguisée et supplémentaire.
Alors les starlettes nous braillent leurs chansonnettes entre les petits fours, la flûte de champagne, les huîtres arrivent.
Et j'éviterais de m'attarder sur ces attitudes nauséabondes qui pullulent dans les rues. Ces individus qui fusillent le malheureux, sa crasse et sa bouteille vide, le visage haineux qui transpire "le bon sens", avec cette phrase redondante, insultante :"s'ils sont dans la rue, c'est qu'ils le veulent bien...blabla...", arguments éructés par l'assurance d'être dans le haut du troupeau.

le marcheur, vue sur le bar,

J'ai mis encore une plombe à trouver ma place ! Comme un chien qui tourne sur son tapis avant de se coucher ! Le temps que je perds à me dégoter la meilleure chaise. Enfin la meilleure... celle qui m'éloigne assez des autres et leurs regards de tueurs et qui m'offre une vue sur la rue.
En face de moi, à l'abri du vent de mars, à la terrasse, la traditionnelle équipe de chantier, composée de quatre solides gaillards, qui dévorent le menu du jour, après une bonne matinée de boulot.
Ils ne semblent pas méchants ces gars, même l'air plutôt sympathiques. Ils ont la trogne du boulot bien fait, cotte salie, doigts peinturlurés, poussière dans les cheveux. Au milieu de ces masses, un "mousse" avec sur le visage l'acné de l'apprenti, qui ne savait pas sacquer le collège, les profs, les premiers de la classe et les jardinières de légumes de la cantine. Entre deux bouchés, je l'observe, quelques fois il toise curieusement ses acolytes. Il les surprend "heureux" de manger sans leurs femmes et de reluquer celles des autres. Il doit se demander s'il va être comme ça plus tard. Quant à son tour, c'est lui qui paiera la tournée, c'est lui qui mettra une claque à décoller un mur dans le dos du boutonneux qui sera à sa place. S'il dévorera des mirettes les culs affolants des étudiantes innocentes, s'il rotera après les tagliatelles au saumon en réclamant le café et l'addition, s'il vociférera sur son patron un brin pointilleux sur le boulot, mais moins sur la feuille de paye...
Il se balance le petit noir dans le gosier, d'une traite, le dessert avec. Il est temps de se manier, la peinture ne se fera pas toute seule ! Il se lève, c'est le seul qui n'ai pas le ventre d'une femme enceinte. Il a encore la fraîcheur des bancs d'école, il sent encore la trigonométrie et les mots d'amour sur la trousse. Quand ils partent, il marche un peu en retrait, mine de rien, style je me démarque comme je peux, mais j'ai pris le monde professionnel en pleine face. "Le monde du travail et la condition ouvrière" comme ils disent, les experts à la télévision, à côté du mec en cravate qui hoche la tête.
Peut-être pense t-il, qu'il aurait dû bosser ses maths et moins parader en français, pour épater la jolie blonde du fond de la classe...
Juste à ma droite, juste juste, vient se coller à moi un chauve à qui je n'avais rien demandé. Il jette parfois un regard pervers sur mon petit carnet où mon stylo déambule. Il y a des places en pagaille, étalées dans la brasserie, mais non il me squatte comme une amoureuse.
Costard-cravatte gris, ça fait plus sérieux, ses pompes sont impeccablement cirées, mais ne savent quoi faire sous la table. Elles se passent, l'une après l'autre, dessus. Comme une petite fille qui veut aller aux toilettes. Il s'autopiétine. Sa grosse montre argent-métallisée me saute à la figure. Sa large pendule, mode Bernard Tapie en pleine gloire, me nargue, l'insolente. Je ne sais pas pourquoi je pense ça, mais je trouve qu'il a une dégaine à rouler en Alpha Roméo, la large bagnole italienne, un "veau" dans le jargon des lecteurs d'Auto plus. D'ailleurs, il lit Auto plus ! Le magasine doit lui expliquer que de toute manière, le dernier modèle sorti des usines est plus performant que sa quatre roues pourtant achetée à crédit... quoi la pollution ? Oui, un coup d'écotaxe et puis on verra après, quand les glaciers nous tremperons les orteils et que les baleines seront sur le dos...
Un VRP, il doit être VRP.
Il est venu dans ce troquet, enfermé, protégé dans les rues piétonnes, il se réfugie une petite heure, dans cet îlot urbain, il ne croisera pas ses collègues éreintés par le bitume, à inonder le marché de la camelote du Président Directeur Général. Il ne les rencontrera pas, il s'accorde une pause, loin du resto deux étoiles où tous les vendeurs à petites mallettes pur cuir, se racontent leurs magouilles et leurs horaires de forçats.
La serveuse se faufile entre les rangs, ses reins frôlant les assiettes pleines de restes mélangés aux serviettes de papier. Elle est habillée en midinette, comme sa fille. Elle en peut plus de voir ses jolies joues d'antan, dégringoler vers ses godasses à talons. Un jour elle a dû rêver d'être vétérinaire ou maîtresse d'école. Pas l'air heureuse et en plus elle trempe ses doigts fins dans les auges pas tout à fait finies, de deux pétasses dissimulées derrière leur rouge à lèvres tendance.
Dehors, temps frais mais agréable, le soleil n''est pas avare de ses rayons. Un SDF tend la main, ouvre sa paume, répète une phrase de pitié, à te retourner les boudins, à te mettre la rage. En tout cas moi oui, à chaque fois.
Les nuages se sont fait la malle.
Les sandwicheries se taillent la part du lion, les adolescents aux discussions ravagées par la mue sauvage de leurs cordes vocales, les étudiants bobos ou sans tunes, s'arrachent les paninis trois fromages. Les vendeuses à temps partiel avalent recta, leur salade sous vide, sans sauce. Il faut qu'elles se dépêchent, les consommateurs sans conscience ne tolèrent pas le répis, et s'ils veulent s'acheter une paire de tongues à midi et demi, faut les accueillir, grand sourire, la digestion dans les chevilles, haleine fraîche et rototo discret.
Bon je vais payer mon croque madame, "madame" rajoutée parce qu'il y a un oeuf sur le dessus. L'affiliation ultra mauvais goût, mais tout le monde apparemment trouve ça normal, femelle reproductrice au dessus d'un pain de mie jambon-gruyère... la journée de la femme c'est quand déjà ?
Je règle la note, rapide merci, petit sourire, parce que si ça continue, je vais voter Laguiller. Je déconne.

le marcheur fait les courses


On a l'air con dans un supermarché.
Moi, toi, vous, nous compagnons d'emplettes.
Une grande surface c'est moche, terriblement moche, laid, dégoulinant, affreusement dégueulasse, masse rectangulaire de tôles et de bêton.
A l'intérieur de celles-ci, les architectes de la vente par gavage se croient toujours obligés de nous construire, une clinquante pré-salle des ventes, dénommée par les spécialistes de la chose : la galerie marchande.
"Galerie marchande", nom étudié tout exprès, pour nous amadouer, nom bien rond, "galerie" pour le strass et les paillettes, "marchande" pour le côté rupestre, campagne, voire enfantin... le piège parfait pour les gogos que nous sommes...
Et pourtant ! La galerie marchande est loin d'être un lieu reposant et enivrant.
L'éclairage y est furieux, le décor de carton-pâte, les devantures sont agressives, grossières, couleurs pastels, "design" à tout bout de champ, autant de directions subliminales pour te chopper le bout du nez et t'emmener jusqu'au machin chose sur le mannequin eunuque.
On a l'air con dans un supermarché.
On se croise, on se double, on se met à la queue le leu, on se bouscule, on se percute, on se dévisage quasi par réflexe, on se râle à demi-mot dessus, on se fixe comme des singes en cage.
Il est rare qu'un sourire mutuel nous échappe.
On fait tout ça, dans les allées inondées d'étiquettes, d'emballages tape à l'oeil, gros caractères sur fond coloré. On se croirait chez l'ophtalmo. Des dessins rigolos, attendrissants, issus des machoires acérées de publicitaires, bourrent le mou aux bambins-nourissons qui boudent ou qui hurlent, ou les deux, depuis que sa pauvre mère, la méchante, a refusé de lui acheter les céréales avec le tigre bodybuildé dessus...
On a l'air con dans un supermarché.
Il faut voir nos têtes, nos visages (bon il y a toujours les éternels réjouis du rien), fatigués, traits tirés par la climatisation à côté du bête tapis roulant noir. En face de nous, les sous-payées robots caissières, qui sous la pression d'un chef tatillon, feraient n'importe quoi pour refourguer des bons d'achat sur les lessives.
On étale nos courses flaschées à l'arrière train par un faisceau lumineux rouge-imbécile. Les offres promotionnelles dégringolent des hauts parleurs, entre deux chansons de varièté pleurnichardes, éructées par des Pagny en herbe...
On a l'air con dans un supermarché.
On regarde balourds comme après un repas trop pesant, hypnotisés, tous les produits et leurs paquets laids, défilant et défiant notre carte bancaire et son sigle idiot.
Des fois, j'ai l'impression d'être devant une retransmission d'étape du Tour de France, on dirait la caravane...
Le jambon avec la tête de cochon souriant, trop content d'être coupé en tranches, la boîte de chocolat en poudre qui sent le passé colonialiste...
Il faut préparer la monnaie, se retenir d'acheter une connerie de plus. Le caddie et ses roues qui grincent déborde, ras la gueule, le pack d'eau dans le fond, comme une ancre.
Et les caissières ? Elles sont habillées (souvent) d'un sordide costume. Il faut croire que leurs équipementiers ont l'ordre de tailler, de leur tailler, des uniformes fades, tristes, genre classe sociale sous-sol, pour donner à chacun d'entre nous, les civils, inconsciemment un air supérieur. Le client a toujours raison.
On a l'air cons sous les tromboscopes de ces litières consuméristes. Et on a pas fini de se farcir les labyrinthes de biscottes, de pâtes, de débouches WC, de légumes sur-parfurmés... client suivant.

Le marcheur, brève de comptoir

Cherbourg a remis son manteau gris. Momentanément. Les parapluies se dandinent au dessus des têtes. Des parapluies de toutes sortes, des tordus, des anciens, des troués, des rafistolés, des estampillés "made in Cherbourg", des trop petits, des qui coulent sur le manteau, les assortis à l'imperméable... Les terrasses, lieux de villégiature pour candidats aux boissons fraîches, sont vides, les tables et les chaises sont rangées, emboîtées sous des bâches. Les gouttes rieuses rebondissent sur le sol de pavés.
La façade vitrée de la brasserie me permet d'observer de l'extérieur.
Dès que l'averse se fait plus imposante, il se joue une véritable compétition d'athlétisme. Des cents mètres improvisés, où talons aiguilles, baskets, chaussures "de ville" rivalisent avec des fortunes diverses.
Des hommes, des femmes, peur de voir leurs cheveux épouser de force la forme de leurs crânes, sous les trombes d'eau, sautillent sur la pointe de leurs godasses glissantes pour atteindre un abri, un magasin ou une de ces laides bagnoles.
Au comptoir, le débat politique est lancé. Il est moins serein, moins calme, moins tolérant, qu'il y a trois semaines. L'échéance du premier tour approche à grands pas, les camps se dessinent, se cramponnent sur leurs convictions. La discussion ou le semblant, est menée par un fort en gueule. Il y met toute sa hargne, sa vision du monde, mais se perd dans un monologue, un monopole de la parole qui se désagrège dans des détails insignifiants. De plus, ce haut parleur dégarni, a une fâcheuse tendance à tout ramener à son cas personnel.
Une femme élégante et souriante, venue quelques minutes se réchauffer d'un nectar colombien, accompagné de son fameux chocolat, où l'amende craque à l'intérieur, se force à écouter, bonne poire. Son espoir d'un moment de quiétude, de rêveries, s'est envolé à la seconde où elle a fait un pas vers le leader d'opinion en bout de bar. Un excès d'amabilité...
Dans un premier temps, elle répond aimablement avec un infime intérêt. Mais elle s'aperçoit assez vite de la supercherie : son interlocuteur se fout de ce qu'elle pense. Il se défoule, il ergote, il houspille, il salive, il postillonne, ne manque plus que les caméras de Jean-Pierre Pernault pour tâter le pou de la France. Peut-être que cet homme ne parle jamais chez lui ? Alors son interlocutrice de fortune se contente d'acquiescer, de hocher la tête, et de ne pas entrer dans la contradiction. Elle qui voulait juste une pause avant le turbin...
Elle écourte sa détente, avale d'un trait la moitié de sa tasse, que ce con a fait refroidir. Elle prend son pépin rose bonbon, rose petite fille qui aime les poupées. Elle disparaît dans le méandre des rues piétonnes.
Elle croise une autre femme qui se démène dans un pantalon, un jean trop serré, ses cuisses étouffent. Sans les progrès de la discutable science cosmétique, son masque de maquillage grossier aurait dégouliné sur ses chevilles. Les séances d'UV ne l'épargnent guère, elles lui donnent une couleur oscillant entre le marron jaune orange rouille carotte, ça dépend l'angle d'attaque. Elle est teintée d'un cirage vieille poule. Elle se voudrait vingt ans de moins, elle a dix ans de plus. Une poupée Barbie flétrie, sauvée ou échappée d'un ancien coffre à jouets. Elle voudrait la jeunesse de sa fille, l'innocence de sa fille, la démarche de sa fille. Elle n'a que le mépris et la dégaine d'une surdose l'Oréal.
Le roi des foules continue à proférer ses idéologies personnelles, variant de gauche à droite, suivant ses préoccupations, une vraie girouette ! Les impôts, les charges sociales, la sécurité et leurs cortèges ennuyeux, prennent le pas sur le reste.
Chiant.
A l'extrême.
Chiant à l'extrême.
Discussion sans fin, entre le client bavard et des apôtres de Kronenbourg.
Le patron reste neutre. Il se doit d'être l'arbitre et de préserver ses consommateurs et leur tranquillité achetée le temps d'un remontant. Cependant on le voit il ronge son frein...
Je sais pourquoi je ne serais jamais "militant officiel", avec carte et photo d'identité, d'une cause. Seulement intermittent, ce qui n'est déjà pas si mal. J'aime être concerné, impliqué, mais pas coincé, embrigadé dans des théorèmes bibliques ou politiques, emporté dans des idéaux.
Je tiens trop à ma liberté.
Lâche, peureux, raisonnable, raisonné, petits bras, bourgeois pour ceux que ça amuse, amateur prolétaire pour les puristes de la "seule" cause juste ou les juristes en classification sociale.
Je vous laisse le choix du qualificatif qui vous fera plaisir, vous confortera dans vos positions, vous confirmera dans vos certitudes.
Je finis mon café encore chaud, juste ce qu'il faut, une dégustation rapide, mais dégustation quand même, une caresse noire et chocolat fin.
A la prochaine, Messieurs Dames, je vous laisse avec le casse couilles.
Je sors, il fait bon, il fait frais, la pluie ricoche sur mon visage.

Quelques nouvelles du monde

Il était temps. Le suspens était insoutenable. Il était temps que la fin des élections américaines arrivent au galop. Elle va enfin prendre fin cette loupe interminable sur les USA, vécus comme le centre du monde. Attention, je ne retire en rien de l'importance effective de cette élection et les conséquences directes et indirectes pour le reste du monde. Mais je n'en reste pas moins soulagé que ce tapage médiatique, systématique et redondant prenne fin. Enfin on a su, et ceci est historique, que Will Smith a tiré plus vite que John Wayne... La télévision va cesser de nous ressasser les reportages, un coup pour l'un, un coup pour l'autre, la carrière militaire, qui reste malgré les immondes massacres en tout genre, un bonus sur une carte de visite, et on nous replace les mérites de l'ancien GI, valeureux combattant de l'Agent orange ; les études brillantes, la beau gosse attitude du plus noir d'entre les deux... Bref des reportages sans surprise. Le summum, ce sont tous ces sondages réalisés qui interrogent le choix des français s'ils pouvaient voter, et qui donnent Obama élu à plus de 80%... C'est à dire le candidat qui ressemble le moins à celui qu'ils ont choisi un an plus tôt... De Gaulle disait que les français étaient des veaux. Et une vérité politique à son actif ! Une !
C'était bien beau toutes ces soirées électorales avec de grands et prometteurs discours, mais la fête a assez duré, et la réalité va nous taper sur l'épaule, avec ordre de regarder le merdier derrière.
En nous rappelant, qu'une crise économique nous toise avec son sourire carnassier de trader, faute à la puissance offerte à quelques fous des chiffres qui décident de nos vies à coups de millions et de coups boursiers honteux, pour le plaisir de quelques uns. La crise économique nous ai tombé sur le nez, et encore il paraît que l'on a rien vu, et que le plus dur arrive. Ils parlent déjà avec leur discours de curés désolés du sacrifice, de nos pauvres futurs têtes blondes, nos enfants tu te rends compte, qui même pas le premier cri dehors, seraient déjà autant endettés que Bill Gates est riche.
Bon rassurez vous les nantis resteront nantis même un peu moins, et encore une partie s'est gracieusement remplie, en pensant au prix du pain pour se marrer, les poches. Leurs fonds de caisse sont renfloués. Les vacances au ski sont assurées. Ouf !
Parmi les fautifs d'entre les fautifs, pourtant acculés dans leur connerie boursière outrancière, les banques ont même gagné de l'argent, et ça sans se taper la nouvelle version du loto, confectionnée par les faiseurs de rêves de la Française des jeux ! Des génies de l'entourloupe énorme ! Et sans soulever la plus petite des manifestations des foules entubées jusqu'au trognon ! Pour accompagner des millionnaires en crampons sur les Champs-Elysées, y a du populo par contre...
Pendant ce temps là, les interdits bancaires, les prudents, les sages, les cons de sages sont toujours les mêmes, cette fameuse majorité silencieuse dirigée par des aveugles. Certains Noëls vont être moins festifs que d'autres. Les gamins pleurent rarement au pied du sapin, mais les parents trinquent et pas seulement au jour de l'An. Mais qu'on ne s'inquiète pas la crise mondiale est à nos portes d'occidentaux, plutôt mieux nantis que ces voisins terrestres, (à qui les sommes soudainement débloquées pour des libéraux tordus, doivent faire monter des extrémismes que l'on s'étonnera de constater fascistes ou terroristes...), ne nous inquiétons pas donc, la publicité va continuer au nom de la divine concurrence, à nous faire ingurgiter toutes ses babioles les plus insignifiantes...
Tiens à propos.
Une bonne nouvelle dans cette melasse : la Star'Ac de TF1 et ses bétonneuses se cassent gentiment la figure. Les cordes pré-pubères ne séduisent plus la ménagére de moins de 50 ans, la salope, et ses mioches gavés à la petite lucarne. Les annonceurs sont peinés de cette chute d'audience. La grande famille du spectacle ne serait plus ce qu'elle était. Voilà que les intermèdes publicitaires ne seraient plus aussi efficaces. En effet, entre deux miaulements des castras juvéniles, faux rebelles, faux rockers, fausses divas habillées comme des prostituées, faux chanteurs pour midinettes à appareils dentaires, faux beaux gosses trop serrés dans leur jeans, vrais daubes, vrais pantins, vrais insupportables, entre tout ce débalage donc, les réclames pour les crèmes qui t'empêchent de devenir comme Amanda Lear, les grosse bagnoles pour Papa mannequin, ne rencontreraient plus autant de pouvoirs d'achats. Ces derniers se montrant de surcroît, susceptibles, pour des raisons exprimées en partie plus haut.
Mais les annonceurs, les VIP du bourrage de crâne ne seraient pas les plus inquiets. Non les plus inquiets sont derrière les décors guimauves et lumineux, ce sont les pseudo artistes, dressés au rang d'icône par le présentateur lèche botte. Les cordes vocales estampillées variété auront bientôt un endroit de moins pour beugler leurs histoires d'amour bulldozers. Double bonne nouvelle : les consultations otorinos vont baisser...