dimanche 9 novembre 2008

le marcheur, en direct du train

Le train s'enfonce dans l'air, poussé par une mécanique qui m'échappera toujours. Ma culture mécanique se limite au proche du rien. Il semble glisser juste au dessus des champs marécageux, les rivières et les cours d'eau ont quitté leurs lits, les arbres amoureux de l'automne nous offrent leurs plus beaux manteaux. Les branches rivalisent de goût quant aux couleurs dont ils habillent leurs feuilles, se préparant à la chute. La drague printanière auprès des cimes est bien loin.
Mes condisciples sont variés. Le wagon propose un panel. En face de moi, se trouve, une femme, la quarantaine dans sa splendeur, traits légèrement tirés par une journée de travail visiblement harassante. Elle a l'allure d'une secrétaire type sérieuse en tout point, pas de bruit, les classeurs sont rangés au dessus des dossiers en cours. Le téléphone multitouches à portée de main. Son style vestimentaire oscille entre coloré et sévérité, les deux se rappellent, se croisent, à tour de rôle.
Elle est sobre.
Un côté Ségolène Royal coincée dans ses tailleurs femme fatale, pour électorat prolo vieillissant et indécis. D'ailleurs, les socialistes et leur jolie rose se sont réunis pour tenter d'élire leur grand chef. Hasard du calendrier, leur petit jeu à bulletin secret, arrive juste après le triomphe de Barrack Obama. La comparaison est rude. Succéder à l'avènement d'un homme sorti d'une brillante campagne, plutôt beau mec, élégant, doué et captivant dans l'exercice périlleux du discours, imposant, grand... Oui grand. C'est vrai ça très grand... Elle va être sympa la prochaine photo officielle entre le dandy noir américain et notre Président de la République ratatiné sur ses talonnettes et ses tics nerveux...
Bref, les socialistes jouaient à la gueguerre des clans, pour savoir qui aurait le droit de torpiller les autres, pour se dégager les urnes vers 2012 et le prochain combat, avec le roi du "casse toi pauv'con". Le sacre du nouveau patron du PS, proposait une palette de candidats passionnants : une perdante enfermée dans sa "droititude" religieuse, un maire colérique et trop sûr de lui, une ch'ti qui a presque la tête de Dany Boon, et enfin un Hamon, non pas Marcel, qui sort de nulle part, et qui se présente comme l'aile gauche du parti... le PS ne serait pas à gauche alors ? !
Je reviens sur la dame. Enfin mes yeux et mes mots reviennent sur la dame.
Son nez est pointu, des lunettes à montures vieillottes, sorties tout droit du feuilleton policier Derrick et ses couleurs verdâtres-grises. Derrick ? Vous savez le détective à imperméable le plus lent du monde. La seule scène d'action, c'est le générique de fin. Le seul mérite de l'inspecteur et de faire digérer les frites saucisses du midi.
Entre Caen et Bayeux, les arrêts fantomatiques se suivent et se ressemblent. Les villages desservis méritent que je taise leurs noms. Le rail leur accorde une escale sur le dos de la rentabilité, c'est déjà beau... Comme pour leur faire goûter la joie d'une gloire révolue, époque où l'aventure de la locomotive faisait réellement office de service public.
Les anciennes usines, montées parfois de ces célèbres briques rouges comme dans certaines régions anglaises, défigurent le maigre faciès de ces bourgades échouées en même temps que leur déchus poumons économiques. Ces usines sont restées là, battues par les années, laissées là sans commandant de bord, les employés à la mer, vieilles carcasses idiotes, la gueule béante, défoncée, rouillée.
Des halos locaux en lambeaux.
Une zone artisanale tchéchène.
De belles promesses politiques ont dû se vautrer dans ses ruines.
Des étudiants pur grain se sont éparpillés autour de moi. J'ai dû tomber sur un essaim de premiers de la classe. La tête et les yeux exorbités sur leurs bouquins, véritables pavés. Des cours format annuaire. Mon carnet où je zigzague avec mon stylo encre noire, a l'air minuscule, proie facile parmi les fauves.
Pour résumer, il a l'air con et moi avec.
J'ai tout l'air d'une gamine et son journal intime...
Ils doivent se foutre de ma dégaine, dans leurs têtes intelligentes.
Celui qui a remplacé la secrétaire modèle déposé, a une face de gendre parfait, pull laine angora, le col de chemise bleu UMP, impeccablement repassé, au pli prés, ça lui épouse le cou. Pas un cheveux de sa tignasse ne se fait la malle, aussi bien repassée que sa chemise de futur directeur des ressources humaines. Je parie ses godillots "urbains" brillamment cirés... Gagné ! Mes pieds se reflètent dans son cirage marron. Ce jeune garçon pourrait servir de prototype, pour arpenter et gonfler les rangées trop bondées des JMJ.
Je passe Valognes et la gare "secrète", visible de partout. Celle de la gourde Cogéma. Du grillage, des cascades de barbelé, des caméras certainement, entourent les convois nauséabonds appartenant à Areva et son énergie opaque.
On trace.
Les champs se succèdent, les haies se sautent et se dessinent, les vaches ruminent en remuant la queue, en scrutant comme une habitude, la traînée de wagons qui traverse leur domicile, dans un vacarme tout humain.

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  4. les commentaires effacés ne sont pas de la censure juste des essais de l'administrateur qui modère si besoin les commentaires ! voilà bonne lecture !

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