mercredi 30 septembre 2009

Polanski ou mes amis sont des stars,


Il est des époques formidables, la nôtre en fait partie. Un homme dont le talent n’est pas, absolument pas remis en cause, s’est fait arrêter lors d’un festival de cinéma en Suisse. Une de ces nombreuses sauteries dont le 7ème art aime se délecter, pour se congratuler dans des apparats indécents, pour la joie des cosmétiques ravageurs et prônés miraculeux pour les vieilles actrices en déclin, pour le bonheur des créateurs de mode dont les goûts de chiottes resplendissent en pleine lumière et sont salués comme la marque du génie, pour offrir une page de publicité gigantesque et supplémentaire pour autres produits dont les liens familiaux avec le cinéma sont aussi avérés que TF1 et la culture, que France Telecom et le bonheur au travail…

Je m’égare.

Revenons à notre homme.

Polanski.

Roman de son petit nom propre.

Il s’est fait gauler comme un voleur de mobylette à la sortie ou à l’entrée d’un festival helvétique du film. Il est rattrapé pour l’occasion par la justice américaine qu’il a fuit au cours des années 1970 si mes souvenirs sont bons.

Il doit comparaitre pour une sombre histoire de viol sur mineur.

Rien que ça.

La justice l’aurait choppé pour un vol de fraises Tagada la main dans le pot à bonbons, je ne dis pas, l’intervention aurait pu paraître disproportionnée… mais là.

Viol sur mineur.

Peu importe l’antériorité de l’affaire, les pardons de la victime, légèrement achetés par une somme rondelette en dollars bien verts, le viol n’est pas une mince histoire. Au-delà de tout son talent, Polanski doit comme tout être se plier à la justice, au droit. Le scénario aurait dû se stopper là, en un clap de fin à ranger au rayon des faits divers.

Malheureusement non.

Les médias se jettent sur le dossier en pourfendeurs de la justice américaine avec cet air indécent de donneurs de leçons. Les journalistes se scandalisent, invitent les scandalisés à se répandre, les caméras tournent autour de Mitterrand à son tour scandalisé… le mot scandale est remis au goût du jour ! Les comités de soutien tous plus absurdes les uns que les autres se font ici ou là, avec la légitimité d’un clan, le bien fondé d’une protection de caste, le contraire de toute équité démocratique… et ce pour un crime qui n’est tout de même pas une simple dispute, une candide mésaventure…

La société du spectacle, en tout cas cette partie sécessionniste aura bon rôle ensuite, de faire passer des messages de justice au travers de ses œuvres. Une poignée d’inconscients peut au travers de cette sombre histoire de copinage aveugle et sourd, discréditer un art, institution parmi les institutions, qui ne peut s’offrir ce luxe. Et par là même, entrainer dans cette cavalcade absurde, une justice déjà bien mise à mal, par des dossiers à la nature tout aussi perverse que la libido accusée de Polanski.

Au même titre qu’on ne peut pas comprendre qu’un Président de la République puisse s’asseoir sur la présomption d’innocence, on ne peut se corrompre dans une quête effrénée à la non-culpabilité, on ne peut se fourvoyer à remplacer la justice par une pétition corporatiste.

Roman Polanski ou non, ami des stars ou non, la justice doit.

Ou alors chers amis acteurs des salles obscures, si l’injustice vous parait si grande en ce cas précis que vous dénoncez, il ne vous reste plus qu’à constituer une ligue permanente, parce que si injustice ici vous semble, vous serez abasourdis des cas en attente, loin des tapis rouges, des strass et paillettes, des caméras avides de vos positionnements les plus tortueux.

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