
Le phare est plus que jamais blanc, il nous caresse à chaque face à face. Nos regards initiés, peut être imbibés, à l'alcool, se laissent faire avec un malin plaisir. Nous nous perdons avec délectation, les yeux dans cet océan devenu masse sombre. Le sommet des vagues jouent avec le reflet des lumières du port et de la ville côtière voisine.
Nous observons ces danses nocturnes.
Nous abandonnons nos déboires, nos joies, nos peines, nos sentiments mêlés de contraste, nos hésitations, notre nombril occidental, nos rêves, nos évasions, nos envies au bord de cette plage, véritable psychanalyste, à laquelle notre fidélité ne fait pas défaut. Tous les ans nous y revenons avec une profonde tendresse.
Les spiritueux se joignent au tord-boyaux, ils nous accompagnent et portent le poids de nos tracas mélangés à nos euphories passagères. Nous ne pensons plus tout rond. On s'emporte, on ne réfléchit plus ou trop. Nous vivons en attendant la prochaine minute tout au plus.
La liberté de ne pas prévoir est une des plus précieuses.
Nous sommes là, dans le creux d'une dune timide, à ergoter, à argumenter, à fantasmer, à se raconter des histoires absurdes, dont l'humour est le fer de lance.
La nuit commence sa quête de repos.
Nous sommes à rebours du temps. Nous mettons, certes dans le désordre le plus complet, nos pensées en éveil, à l'épreuve, au moment du grand sommeil collectif humain ou pour les plus portés sur la chose, la gigantesque pause reproductive de notre espèce.
L'heure ? Une journée passe le relais à une autre. Pendant ce temps, les rasades chaudes nous coulent dans la gorge.
Nous sentons le sable frais sous la paume de nos mains. Nous devons ressembler à une drôle de tribu, nos corps et nos têtes enfouies sous nos vestes, gilets, capuches, la couverture emmenée par précaution. Nos vêtements sentent le feu de bois des kilomètres à la ronde.
Les cailloux clapotent sous les rouleaux invisibles de la houle, amie de toujours.
La lune affiche un beau sourire, et règne sur les lieux. Les constellations rivalisent de gymnastique, se chamaillent et se disputent notre reconnaissance.
Nous fixons les halos lointains de la cité balnéaire. Ils sont oranges, blancs, rouges pour celles du port. Deux petits points clignotent et marquent l'entrée de l'aire de plaisance, qui se situe au bout de la digue, au pied de la majestueuse falaise, sur laquelle guide sans relâche notre phare. Dans le paysage se dessinent les ombres des dunes reposantes, les rangées d'algues s'abîment, s'alignent et font trempette. L'île d'exil de Victor Hugo, en face, n'est qu'une silhouette difforme, au contenu plus obscur. Tout au long de cette masse s'éparpillent des points phosphorescents.
Nous rions chacun notre tour de nos élucubrations.
Nous nous sommes échoués, par cette agréable et indispensable escale annuelle, sur ces rives.
Une promesse, un besoin de se retrouver en cet endroit, comme coupé du monde, du quotidien, de l'exceptionnel, de l'inattendu ... qui font nos existences.
Une pause ravissante.
Nous avons quitté un moment le feu, notre feu qui crépitait pourtant de ses plus belles flammes, et jaillissait des bûches et autres bouts de bois de fortune, ramassés tout autour de notre camp. Il dégageait une douce chaleur.
Une chaleur tendrement apaisante, accompagnée de rires, de sons de guitare, de rots intempestifs et j'en passe... Une chaleur qui se posait sur nos joues fatiguées du vent marin, de la précédente virée nocturne, et d'avance éreintée par celle qui se profile. Nous l'avons laissé pour cette phase bien particulière, qu'est cet arrêt sur la grève.
Nous discutons, râlons, maudissons, débattons, le tout enveloppé de cette chose fantastique, qu'est la dérision, parfois poussée à l'extrême. Cette dernière est une véritable bouée de sauvetage, un atout, un bol d'air indispensable.
Nous la cultivons avec application.
Nous nous évadons dans les étoiles cachottières. Chacun y va de son couplet, petit mot, de sa philosophie à trois sous... Brèves de comptoir au bord de mer, avec par moment option scatologie, humour de toutes les couleurs, noir, outrageant, brut, aux dents acérées, version anglaise, désespéré, violent, taquin, grinçant...
Le tout sous le dôme de notre détachement commun.
Nous attendons la connerie suivante, la blague surprise, nous guettons le ridicule des paroles et des actes des uns et des autres.
Rire d'abord.
Se moquer ensuite.
Recommencer de plus belle.
Chercher le décalage, la porte de sortie, l'incohérence absolue, s'éloigner des routes toutes tracées...
Dans cet exercice, certains sont excellents et la majorité brille.
Nous contemplons, nous enrageons, nous nous saoulons de pensées enchevêtrées, enchaînées dans une jubilation et compilation gaillarde. Parfois l'angoisse apparaît et parvient à s'inviter. Alors quelques secondes, quelques minutes, elle nous bouscule, s'immisce dans notre joyeux bordel. Nous scrutons alors, les astres immobiles, nos pieds s'enfoncent dans le sol, la brise tout d'un coup se calque sur nos songes. Nous respirons à plein poumons, en silence, nous plongeons dans cet interstice vertigineux. L'anxiété, le tourment, l'inquiétude, dissimulés dans l'obscurité, nous assaillent, nous cisaillent le bide et abrègent l'alcoolémie passagère. Ces sensations se croisent, s'entrechoquent, se défont.
Nous sommes si petits, si minuscules sur ce bout de terre. L'espace nous dévisage.
Mais voilà, cette suspension devient un leurre. Elle fuit.
L'interdite nous entoure, reprend le dessus, elle nous amène à un bien être pervers, une douceur discrète. Nous nous laissons aller, nous fuyons les questionnements, nous estompons les interrogations.
Un des nôtres dort, enroulé dans la couverture.
Un autre se prend pour Batman...
Le reste s'enivre de franches rigolades.
Nous redressons nos genoux, les portons à hauteur de nos mentons, nos regards se perdent, se faufilent comme ils le peuvent, vers l'horizon.
L'ivresse, l'interdite, rassurante délicatesse, opium pour soirée décomplexée, pour s'exhiber sans limites, a réussi un instant, à nous faire oublier le temps qui déroule sans se retourner, les pesanteurs sur nos épaules. Nous rajeunissons le sourire crétin en affichage constant.
Le n'importe quoi érigé en système...
Nous profitons, exultons, ces états sont chimériques...
Nos démons sont ailleurs. Ce soir. Ce séjour.
Rêveurs, nous nous laissons diriger, de main de maître, par cette rencontre à la fois étrange et délicieuse, cette attirance momentanée : la cuite à porté de goulots, son goût, ses formes, ses jeux, ses amusements, ses doutes, ses plaisirs, ses appréhensions, ses contractions dévastatrices et ses gueules de bois du lendemain, où il faut remettre tout en ordre, et dans pas beaucoup de bruit, repos à haute doses d'eau minérale...
Oui, c'est ça, se retrouver dans le calme et essayer de comprendre ou d'éviter le pourquoi, de se mettre dans cet état là...
Nous observons ces danses nocturnes.
Nous abandonnons nos déboires, nos joies, nos peines, nos sentiments mêlés de contraste, nos hésitations, notre nombril occidental, nos rêves, nos évasions, nos envies au bord de cette plage, véritable psychanalyste, à laquelle notre fidélité ne fait pas défaut. Tous les ans nous y revenons avec une profonde tendresse.
Les spiritueux se joignent au tord-boyaux, ils nous accompagnent et portent le poids de nos tracas mélangés à nos euphories passagères. Nous ne pensons plus tout rond. On s'emporte, on ne réfléchit plus ou trop. Nous vivons en attendant la prochaine minute tout au plus.
La liberté de ne pas prévoir est une des plus précieuses.
Nous sommes là, dans le creux d'une dune timide, à ergoter, à argumenter, à fantasmer, à se raconter des histoires absurdes, dont l'humour est le fer de lance.
La nuit commence sa quête de repos.
Nous sommes à rebours du temps. Nous mettons, certes dans le désordre le plus complet, nos pensées en éveil, à l'épreuve, au moment du grand sommeil collectif humain ou pour les plus portés sur la chose, la gigantesque pause reproductive de notre espèce.
L'heure ? Une journée passe le relais à une autre. Pendant ce temps, les rasades chaudes nous coulent dans la gorge.
Nous sentons le sable frais sous la paume de nos mains. Nous devons ressembler à une drôle de tribu, nos corps et nos têtes enfouies sous nos vestes, gilets, capuches, la couverture emmenée par précaution. Nos vêtements sentent le feu de bois des kilomètres à la ronde.
Les cailloux clapotent sous les rouleaux invisibles de la houle, amie de toujours.
La lune affiche un beau sourire, et règne sur les lieux. Les constellations rivalisent de gymnastique, se chamaillent et se disputent notre reconnaissance.
Nous fixons les halos lointains de la cité balnéaire. Ils sont oranges, blancs, rouges pour celles du port. Deux petits points clignotent et marquent l'entrée de l'aire de plaisance, qui se situe au bout de la digue, au pied de la majestueuse falaise, sur laquelle guide sans relâche notre phare. Dans le paysage se dessinent les ombres des dunes reposantes, les rangées d'algues s'abîment, s'alignent et font trempette. L'île d'exil de Victor Hugo, en face, n'est qu'une silhouette difforme, au contenu plus obscur. Tout au long de cette masse s'éparpillent des points phosphorescents.
Nous rions chacun notre tour de nos élucubrations.
Nous nous sommes échoués, par cette agréable et indispensable escale annuelle, sur ces rives.
Une promesse, un besoin de se retrouver en cet endroit, comme coupé du monde, du quotidien, de l'exceptionnel, de l'inattendu ... qui font nos existences.
Une pause ravissante.
Nous avons quitté un moment le feu, notre feu qui crépitait pourtant de ses plus belles flammes, et jaillissait des bûches et autres bouts de bois de fortune, ramassés tout autour de notre camp. Il dégageait une douce chaleur.
Une chaleur tendrement apaisante, accompagnée de rires, de sons de guitare, de rots intempestifs et j'en passe... Une chaleur qui se posait sur nos joues fatiguées du vent marin, de la précédente virée nocturne, et d'avance éreintée par celle qui se profile. Nous l'avons laissé pour cette phase bien particulière, qu'est cet arrêt sur la grève.
Nous discutons, râlons, maudissons, débattons, le tout enveloppé de cette chose fantastique, qu'est la dérision, parfois poussée à l'extrême. Cette dernière est une véritable bouée de sauvetage, un atout, un bol d'air indispensable.
Nous la cultivons avec application.
Nous nous évadons dans les étoiles cachottières. Chacun y va de son couplet, petit mot, de sa philosophie à trois sous... Brèves de comptoir au bord de mer, avec par moment option scatologie, humour de toutes les couleurs, noir, outrageant, brut, aux dents acérées, version anglaise, désespéré, violent, taquin, grinçant...
Le tout sous le dôme de notre détachement commun.
Nous attendons la connerie suivante, la blague surprise, nous guettons le ridicule des paroles et des actes des uns et des autres.
Rire d'abord.
Se moquer ensuite.
Recommencer de plus belle.
Chercher le décalage, la porte de sortie, l'incohérence absolue, s'éloigner des routes toutes tracées...
Dans cet exercice, certains sont excellents et la majorité brille.
Nous contemplons, nous enrageons, nous nous saoulons de pensées enchevêtrées, enchaînées dans une jubilation et compilation gaillarde. Parfois l'angoisse apparaît et parvient à s'inviter. Alors quelques secondes, quelques minutes, elle nous bouscule, s'immisce dans notre joyeux bordel. Nous scrutons alors, les astres immobiles, nos pieds s'enfoncent dans le sol, la brise tout d'un coup se calque sur nos songes. Nous respirons à plein poumons, en silence, nous plongeons dans cet interstice vertigineux. L'anxiété, le tourment, l'inquiétude, dissimulés dans l'obscurité, nous assaillent, nous cisaillent le bide et abrègent l'alcoolémie passagère. Ces sensations se croisent, s'entrechoquent, se défont.
Nous sommes si petits, si minuscules sur ce bout de terre. L'espace nous dévisage.
Mais voilà, cette suspension devient un leurre. Elle fuit.
L'interdite nous entoure, reprend le dessus, elle nous amène à un bien être pervers, une douceur discrète. Nous nous laissons aller, nous fuyons les questionnements, nous estompons les interrogations.
Un des nôtres dort, enroulé dans la couverture.
Un autre se prend pour Batman...
Le reste s'enivre de franches rigolades.
Nous redressons nos genoux, les portons à hauteur de nos mentons, nos regards se perdent, se faufilent comme ils le peuvent, vers l'horizon.
L'ivresse, l'interdite, rassurante délicatesse, opium pour soirée décomplexée, pour s'exhiber sans limites, a réussi un instant, à nous faire oublier le temps qui déroule sans se retourner, les pesanteurs sur nos épaules. Nous rajeunissons le sourire crétin en affichage constant.
Le n'importe quoi érigé en système...
Nous profitons, exultons, ces états sont chimériques...
Nos démons sont ailleurs. Ce soir. Ce séjour.
Rêveurs, nous nous laissons diriger, de main de maître, par cette rencontre à la fois étrange et délicieuse, cette attirance momentanée : la cuite à porté de goulots, son goût, ses formes, ses jeux, ses amusements, ses doutes, ses plaisirs, ses appréhensions, ses contractions dévastatrices et ses gueules de bois du lendemain, où il faut remettre tout en ordre, et dans pas beaucoup de bruit, repos à haute doses d'eau minérale...
Oui, c'est ça, se retrouver dans le calme et essayer de comprendre ou d'éviter le pourquoi, de se mettre dans cet état là...

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