Au moment de la construction de l'usine de retraitement de la Cogéma la nébuleuse, sur l'extrémité précieuse de la presqu'île Haguaise, j'aurais voulu avoir l'âge requis, pour dire aux décideurs inconscients de l'époque, mon désarroi d'un tel gâchis, d'une telle ignominie. Certes comme les autres je n'aurais pas été écouté, mais au moins j'aurais participé à un semblant de combat.
J'aurais voulu leur faire avaler leur décision de goujats, leur flatulence promulguée en conseil des ministres, leur crier que ni la Hague, ni le reste du monde, ne méritait pas, ne méritait en rien, de se prendre sur la gueule la dégénérescence scientifique, de quelques kamikazes épris d'Hiroshima.
La Cogema depuis cette implantation forcée, à coups de pioches, à coups de bulldozers, à coups de corruption, à coups de taxes professionnelles, est devenue la pute de l'atomique. On lui fait bouger les reins devant les avances japonaises et autres clients juteux...
La manne financière a corrompu les élus, les conseils municipaux, les habitants, la population, qui ont vu, ou à qui on a voulu faire voir, croire, que ce maudit tas de tôles laides et grises ne seraient que synonymes d'emplois, et que les risques nucléaires n'étaient que billevesées.
Emplois ! L'artillerie lourde était jetée aux esprits les plus vils, vindicatifs, les plus courts de réflexion du monde politique local, qui dans un même élan, par cette proposition venue d'ailleurs, ont imaginé leurs futures victoires électorales : la belle photo encadrée, l'écharpe tricolore et un beau t-shirt Cogema, le deal parfait était conclu. À charge de ces premiers calculateurs de convaincre les hésitants et de confirmer les déjà partants.
Le jaune nucléaire multiplierait les pains.
Sous la charge et l'opération médiatique, la grande majorité a baissé la garde, s'est laissée attendrir, par le bel homme en costume et ses valises pleines, s'est laissée aveugler par les atomes enrichis.
Les plus convaincus, les plus dociles se sont courbés sans plus attendre, et peu importe le sens de la courbette, le plaisir était au bout.
À cause du machiavélisme des VRP du nucléaire domestique, mais loin d'être domestiqué, à cause de la lâcheté des gens « de bon sens », ce fameux bon sens du fric lancé à des manants, à cause de la soumission au sourire de requin, à cause d'une indépendance énergétique clamée sous tous les toits, (excuse bidon dont le monde a bien ri), la Hague est devenue bien malgré elle, elle et ses formes majestueuses, elle et ses nymphes falaises, synonyme du vilain, du laid, du crapuleux, du danger, du mépris : le nucléaire.
L'arbitraire me débecte ! M'enrage ! Et celui-ci entoure, embourbe les nucléocrates moribonds et leurs actifs. Quelle facilité de montrer, de poser son gros doigt dégueulasse entre le dessert et le café, fin du repas gras offert par la République, encore salie à cette occasion, de pointer donc, son index de goret sur la Manche, sur son extrémité, la Hague, pour y enfoncer, la débordante, la gluante, l'obscène usine de retraitement !
Ils ont choisi, en se tapant dans la main, ces somptueux paysages mi-terrestres, mi-marins, sujets de peintures de Millet, écueils nostalgiques, chemins et sentiers épousant les côtes rocheuses, terre du bout du monde, entourée de la grande bleue, avec pour gardien ce fier et beau phare, défiant les courants sauvages du rail des Gasquets, lignes continues d'écumes enjouées.... Ils ont souri, contents du méfait et du pognon empoché...
Le lieu du crime était choisi, ils allaient la défigurer la salope et ses champs verts ! La Hague, victime qui s'ignorait encore, offrait la plus parfaite des configurations, tout avait été minutieusement étudié : territoire isolé, peu peuplé, facile à fermer en cas d'accident majeur....
Les signataires du contrat se félicitaient, un rot, l'addition, la destruction du sol haguard pouvait débuter, à travers les bulles de champagne....
Depuis, la grande conne et ses cheminées nous narguent, nous prennent de haut, nous rient jaune de l'enfilade.
Ensuite, ils se sont donnés le mot, avec entrain et joie de carnassiers, Flamanville subissait ou obtenait sa centrale, tout dépend du camp où on se trouve. La côte rocailleuse morflait, une hideuse verrue explosait son joyeux faciès. Les stades de foot suréquipés, les salles communales refaites, les mairies rénovées, l'éclairage public « design » faisaient, par la magie de la corruption passive, leur apparition....
Il ne faut pas grand chose pour obtenir le silence complice : des jeux de baballe, une façade en pierre, des lampadaires dans les chiottes.
Le mal est fait. Bien fait. Méticuleusement bien fait. Alors sachant la Hague convertie à la gloire de l'atome, de gré ou de force, de chèques bancaires en subventions, ils en remettent une couche ! L'autorité « nucléarisée » a choisi parmi son chapeau de candidats dociles, à nouveau le site de Flamanville, pour y installer un réacteur nouvelle génération, produisant moins de déchets, se réjouissent-ils ! Encore faut-il les croire ? !
Admettons.
Un instant.
Moins de déchets, mais déchets quand même ! Déchets intraitables, justes enfouis sous une pelouse, à l'abri d'une science qui ignore encore comment les réduire au stade du non-nocif.... Les fûts sont entassés sous des chapes de béton, en attendant une hypothétique solution de recyclage, sans pollution....
Ras-le-bol de constater la Hague, mon tendre pays, devenir au fil des décennies, le ramassis des ordures nucléaires, et le territoire d'une expérimentation qui condamnera, le nord-ouest de la Manche, à rien d'autre qu'un repoussoir.
Je conspue le manque de courage politique, de volonté publique, de sortir de l'étau « nucléophile » et de ses excréments impérissables avant des milliers d'années ! Il est temps de sortir de cette logique vers l'abîme, de se détourner de cette production effrénée d'électricité, ce toujours plus au profit du gain.
L'emploi, « le dieu travail », bien plus vicieux, plus puissant que ses cousins sujets de théologie, ne doit être en aucun cas une excuse vers des routes démagogiques réellement sombres.

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