Les médias ont ressorti leurs beaux costumes de carnassiers. Ils s’en sont donnés à cœur joie, à coups de plateaux exceptionnels, où les dramaturges médiatiques ont joué de leurs plus belles compositions, les reportages par dizaines en direct d’endroit « très dangereux », des mises en scènes que n’auraient pas renié les amateurs de séries B, des visages fermés, inquiets, mangés par l’incertitude galopante… Dans ce registre notre Pujadas national, sorte de PPDA tamponné service public de l’audiovisuel, avec un grand A, a offert une de ses meilleures partitions ! En effet, à la suite de son journal de 20h du 30 avril, (le sacro saint 20h !), émus aux larmes, nous aurions pu, nous aurions dû, nous téléspectateurs conquis, époustouflés, émerveillés par son interprétation, nous lever de notre chaise, arrêter un instant de manger nos pâtes sauce bolognaise (et oui c’est la crise…), crier au génie, et lui décerner sans hésiter le prix de meilleur comédien, dans une comédie décalée, mais dramatique. Il a été un chef d’orchestre émérite, au profit de la peur, de la peur crasse. La grippe porcine dévorait la crise économique, la grippe porcine et son histrion occultaient complètement le défilé du 1er mai (25 minutes de Porcinet et ses emmerdes sur 30mn d’info, et rien, absolument rien, même pas une évocation du 1er mai, pourtant clamé historique par la convergence syndicale)…
France 2 dans sa bonté, propose à ces ouailles de temps en temps du théâtre, le samedi en première partie de soirée… Plus la peine ! Cet acteur talentueux de simagrées, de dialogues chocs, de moues tour à tour dubitatives, angoissantes, stressées, parfois même des traits anxiogènes sur son visage ! Pujadas donc, sorte de Kiki humain (la coupe de cheveux, regardez bien…) nous a gratifié d'une représentation qui ne saurait trouver d’égal avant belle lurette ! Quel talent ! Hommage, triomphe, applaudissements à tout rompre, Pujadas est digne de monter les marches pour poules l’Oréal de Cannes, et de saluer façon Miss France la foule compacte en délire et lui réclamant sa chemise. Son producteur le remercie, un certain petit PDR, en fonction depuis deux ans, que les français conchient à hauteur de 65%, mais ces mêmes français sont 30% à revoter pour lui en 2012 et le placer en tête des suffrages... Les français sont des veaux… Le film a duré une petite semaine, il se prolonge dans nos salons, via la petite lucarne, encore quelques temps… son titre aurait sa place au panthéon des titres franchouillards « Les porcs mexicains nous filent la grippe ».
On a assisté comme tout le monde aux premières séances, ce fut un régal.
Pourtant, on ose encore espérer que les médias ne sont pas complètement à la botte des conseillers en communication de notre personnel politique. Mais quand on voit et que l’on observe ce genre de manipulation, massive, intrusive, perverse, grande brasserie universelle de la connerie, intoxication au sommet de son art, le vice entretenu de la frousse à grande échelle… on ne peut que pleurer sur les fondements de la démocratie, et tout ce qui devrait l’éloigner de la corruption mentale, quelque soit sa forme…
Et ces mines travaillées à nous serrer la gorge, la tête des Bachelot et consorts, ces pseudos spécialistes envoyées comme des troupes commandos, chargées de nous mettre plus bas que terre, comme un chien sous la table a peur de l’orage… Plan de communication, de matraquage parfaitement rodé, allégorie de la catastrophe sanitaire… la grippe en forme de groin allait ravager des pays entiers ! On ne pourrait plus aller se vautrer à Disney Land, on ne pourrait plus travailler le dimanche, on ne pourrait plus expulser les réfugiés, on ne pourrait plus voir le cul de Carla faire les yeux doux aux journalistes espagnols… Pour empêcher tout ce chaos, il fallait « éviter les rassemblements, se tenir à une distance de sécurité d’au moins 5 mètres… ». Ces jolies recommandations sortaient de la bouche fleurie de notre présentateur télé, en route vers la gloire et le César du 7ème art. Un message étrangement subliminal à la veille du grand rendez-vous du 1er mai ! On n’aurait pas osé imaginer telle ligne éditoriale, mais le roi de l’information théâtralisée nous l’a fait !
Il ne faut pas omettre qu’à aucun moment cette grippe n’a été conclue non-soignable… Elle se combat même plutôt facilement. Notre grippe habituelle et hivernale est d’un tout autre calibre.
Mais le résultat était là, le diagnostic était rassurant : la crise, les licenciements, les parachutes dorés, les grèves universitaires, hospitalières et autres mouvements fortement contagieux eux, n’étaient plus sur l’ordonnance…
Ce qui n’était pas la seule bonne nouvelle sanitaire de ces dernières semaines puisque Miss Dominique a perdu 35 kilos…

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