lundi 18 mai 2009

Les élections quoi ?


L’autre jour, en lisant un journal, dont je tais le nom pour ne pas me compromettre dans une publicité gratuite, je m’apercevais ou plus exactement je prenais conscience de l’existence prochaine d’élections dites « européennes ». Et oui, la course aux urnes, sous l’égide du drapeau bleu étoilé, aurait lieu prochainement. Je sortais donc d’une léthargie, somme toute inquiétante.

Pas pour moi, l’inquiétude.

Mais pour la démocratie, européenne de surcroît.

Pourtant un fervent citoyen, attaché au droit de vote autant qu’il est possible, je ne pouvais que conclure à mon désintéressement, pour cette nouvelle échéance des sièges à prendre.
En première réaction : de la peine. La peine de ne pas avoir cette vigilance, cette envie, ce devoir chevillé au corps, mobilisés pour cette campagne.
En deuxième réaction : de la peine encore. La peine de me voir insensible à aucun des discours. Si insensible, que l’indifférence l’emporte sur le moindre degré de militantisme, ou du moins, un semblant de choix de camp.

« Militantisme ».

Le vilain mot. Le très vilain mot. En tout cas pour ma pomme.

J’ai toujours été incapable de militer pour quelque chose au sens propre. Même au milieu de défilés charmants et chantants leurs slogans, leurs idéologies, leurs mécontentements, leurs rages… Je me suis toujours défendu d’afficher le moindre sigle. Arborer la croix ensanglantée du christ accrochée comme un calendrier au mur, ou afficher l’autocollant de la CGT sur fond rouge guillotine, a pour moi le même son emmerdant de la soumission à une idéologie. L’appartenance à un groupe a ce gros défaut insupportable : l’appartenance pieds et mains liées, un côté scouts toujours désagréable… Mon désir de liberté, mon indépendance physique et intellectuelle ne peuvent se mêler, s’accommoder à la nécessaire ligne droite et rectiligne de toute pensée, vécue comme une ascèse, figée dans ses convictions, coincée dans ses règlements casaniers, ses doctrines, peu importe leurs vocabulaires, leurs références. L’orthodoxie me rend allergique et férocement défensif.

Ne vous m’éprenez pas, ne bondissez pas ! Aucune suffisance de ma part, envers ceux dont les vies sont accrochées, vouées au souci constant de militer avec un grand M ! De crier leurs engagements ! De plastronner leurs convictions ! D’annoncer sans craintes, sans timidité, sans gênes, leurs idées ! Quel courage ! Je vous admire en fait. Moi j’en suis bien incapable. Trop rongé par mon inébranlable fuite de l’abonnement.

Car il faut oser claironner son appartenance sans faille, être capable d’encaisser le camp d’en face et ses coups bas, ou même pire de subir les critiques d’un camp proche… à l’image de notre gauche politique à chialer de découragement.
Elle gémit la gauche, nos gauches plus exactement, elles se lamentent chacune leur tour, les connasses, à jurer aux médias, au populo, à la plèbe, que la « vraie » gauche c’est elle et pas l’autre, la traître dont la rose est fanée ; et non plus sa copine au marteau et à la faucille rouillés par les goulags ; et non plus la gauche révolutionnaire violente et dents dehors ; et non plus la gauche au relents écologiques qui veut s’éclairer à la lampe torche et se chauffer à la bougie… et j’en passe… Bref un merdier, un cloaque de boutiquiers, de VRP des valeurs plus « pures » les unes que les autres, des publicitaires, je vous dis, des marchands de tapis, qui se chicanent … J’ai toujours eu une grande méfiance vis-à-vis des gens vociférant la « pureté » de leurs discours…

La gauche me déçoit ? Oh s’il n’y avait que moi…

Je constate que j’aligne les phrases, mais je me demande si je n’ai pas perdu le fil de mon histoire, avec leurs conneries… bref continuons !

Mon absence de fibre militante ne m’empêchera jamais de gonfler les rangs d’une cause, d’un combat, déambuler pour attaquer je ne sais quelle décision tordue. D’ailleurs, un aparté. Oui encore un. En parlant de manifs, je me souviens de mes premières armes, lycéen de mon état, en rangs serrés contre le CIP, contrat de travail grossier pondu par un Premier ministre à goitre. Mes premiers pas dans la contestation officielle ! Un élan juvénile, une fraîcheur de battant, l’âme d’un résistant ! En route pour le progrès ! L’évolution ! Le grand chambardement ! Poings levés ! Heureux de parader en chœur ! En chœur, oui en chœur, cette chorale m’a vite fait redescendre sur terre… à cause ou grâce à elle, je ne serais jamais militant avec un grand M ! Auréolé de mes premiers pas cadencés, je trouvais naïvement, très naïvement, tel un nouveau né au pays des baroudeurs de la banderole, je trouvais donc, nos chants d’opposition, nos chants de révoltes, joyeux, insouciants, drôles, novateurs, émerveillements, 1789 aux rythmes gais, danses insoupçonnées de la masse laborieuse, vers une société qui ne se ferait plus sans nous !

Beau tableau.

Mais j’ai vite ravalé ma poésie.

Car quelques mobilisations et quelques années plus tard, ces mêmes chants rencontraient ma répulsion, comme une lourde déception amoureuse. Ces chants avaient été les chants d’autres plus anciens, bien plus anciens, anciens parmi les anciens, ils n’étaient que dépoussiérés (mal), à chaque sortie avec « Bobone contestation ». Ces salauds de braillements n’avaient rien d’originaux, rien d’improvisés, rien de spontanés… Vieilles breloques sorties du placard, vieilles putes sur le marché des rengaines, des ritournelles tristes, redondantes, répétées, alignées, ancestrales recettes à toiles d’araignées, répertoire-grimoire à pleurer ! Le tout orchestré dans une habitude assassine des plus beaux idéaux. Voilà l’état de ces fameuses complaintes paillardes. Elles ont le visage ridé et les cordes vocales en vrac. Du contrôle social en « la » majeur. Elles ne sont que folklores et traditions insupportables. Les mêmes qu’on retrouve dans tous ces banquets, ces repas de famille, qu’on déblatère fièrement pour faire passer la gnôle et le gigot de maman, partitions familiales à s’écraser de détresse la gueule contre les murs.

Et je vous épargnerai cette sale routine, ce « tue-rébellion », des débuts de manifs, où le syndicat truc passe avant le syndicat machin, dont le temps de parole a été… comme si la lutte avait les moyens de se la jouer coquette. Toujours cette mesure des forces en présence…

Je vous parlais de quoi déjà ?

Des élections européennes…

Pardonnez-moi. La prochaine fois. Promis. Enfin peut-être.

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